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Entretien : Sergio Hernandez Diaz

Sergio Hernandez Diaz
Sergio Hernandez Diaz

L’équipe de Sandra Soukup (« Mécanismes moléculaires des synaptopathies« , à l’IMN) a été créée en 2018, grâce au programme « Neurocampus » de la Région Nouvelle-Aquitaine. Nous avons rencontré Sergio Hernandez Diaz, post-doctorant, qui avait intégré l’équipe à l’origine.

Bordeaux Neurocampus : Quels sont les enjeux des recherches de votre équipe ?

Sergio Hernandez Diaz : Le principal objectif du laboratoire est de comprendre comment des neurones auparavant sains commencent à mourir. Pour mieux comprendre l’apparition précoce de la neurodégénérescence, nous nous concentrons sur la synapse, le centre de communication des neurones, car le dysfonctionnement synaptique précède souvent la perte neuronale dans les maladies neurodégénératives.

Nous utilisons la mouche drosophile comme organisme modèle et nous étudions la manière dont les différents mécanismes moléculaires de l’homéostasie sont contrôlés localement au niveau de la synapse. L’un de ces mécanismes est l’autophagie, un processus d’auto-dévoration qui peut dégrader les protéines et les organites défectueux, dont l’équilibre adéquat est essentiel à la survie des neurones et des synapses. C’est pourquoi nous nous intéressons à son interaction avec les synapses et les maladies neurodégénératives.

Vous travaillez avec des mouches drosophiles. Quelles sont leurs particularités ?

Le nom scientifique de l’espèce que nous utilisons au laboratoire est Drosophila melanogaster. J’aime faire de la recherche in vivo avec nos mouches parce que cette espèce possède une puissante boîte à outils génétique (par exemple, nous pouvons facilement décider où et quand nous exprimons une protéine ou « éteignons » un gène), un génome moins complexe, des coûts comparatifs très bas et une durée de vie plus courte que les autres modèles animaux. Cette dernière particularité est intéressante pour comprendre comment le vieillissement influence les maladies neurodégénératives, car nous pouvons obtenir de « vieilles » mouches en quelques semaines.

Le grand public est étonné lorsque nous expliquons qu’en plus des différences évidentes entre les mouches et les humains, de nombreux processus biologiques fondamentaux sont très similaires. En ce qui concerne les pathologies, près de 75% des gènes qui causent des maladies chez l’homme sont conservés chez les mouches. C’est pourquoi la mouche est un modèle si efficace pour étudier non seulement des processus biologiques fondamentaux, comme le développement, la mémoire, l’apprentissage et l’homéostasie du cerveau, mais aussi des événements pathologiques comme la neurodégénérescence et les synaptopathies.

Quel a été votre parcours avant d’arriver à Bordeaux ?

J’ai étudié la biologie à l’Université Complutense de Madrid, ville dont je suis originaire. J’ai ensuite obtenu un master en commerce et administration des entreprises biotechnologiques et après un stage dans le secteur biotechnologique, j’ai commencé mon doctorat au Centre de Recherche Coopérative en Biosciences (CIC-Biogune) à Bilbao, où j’ai étudié l’adhésion et la propagation des cellules sous la direction de James D. Sutherland.

Après mon doctorat, j’ai poursuivi mes recherches à l’institut Bioquant (Quantitative Analysis of Molecular and Cellular Biosystems) à l’université d’Heidelberg, puis à Strasbourg (modèle Insectes Immunité Innée – CNRS UPR9022) et à Louvain (Vlaams Instituut voor Biotechlogie KU-Leuven Center for Cancer Biology). Au cours de ma carrière, j’ai travaillé sur plusieurs modèles : cellules, levure et drosophile. J’ai aussi utilisé différentes techniques pour comprendre des questions fondamentales sur l’adhésion cellulaire, la réponse immunitaire innée et la fonction cérébrale.

Après ces expériences en neurobiologie, j’étais heureux de m’installer à Bordeaux, et de rejoindre une communauté de neurosciences aussi dynamique ! D’un point de vue personnel, Bordeaux est également une ville très accueillante, avec de nombreuses activités intéressantes à proximité (par exemple, visiter les grottes dans la région des Eyzies-de-Tayac-Sireuil est un must).

Au cours des derniers mois, de nouvelles personnes ont intégré l’équipe. Pouvez-vous nous les présenter ?

Oui, de nouvelles personnes nous ont rejoints, Sandra Soukup et moi, et c’est formidable !

La première personne qui nous a rejoints a été Patrick Main. Patrick est né à Auckland, en Nouvelle-Zélande, et après une enfance passée à la campagne, il a déménagé à Palmerston North pour étudier à l’université Massey. Il est titulaire d’un doctorat sur le comportement et le développement neurologique de la drosophile. Mais malheureusement, il vient de nous quitter pour des raisons familiales. Cependant, nous accueillerons une nouvelle post-doctorante à partir de novembre, Carla Montecinos, qui a obtenu son doctorat à l’Université de Bordeaux et à la Pontifica Universidad Catolica de Chile sous la co-direction de Daniel Choquet et Nibaldo Inestrosa. Nous sommes très heureux de l’accueillir et je suis sûr qu’elle pourra utiliser son expertise en microscopie avancée et son parcours dans mon équipe pour répondre à une question qui se pose depuis longtemps dans notre domaine.

Après Patrick, nous avons accueilli un troisième post-doctorant, Saurav Ghimire. Il est né dans un petit village de l’ouest du Népal. Il a obtenu une licence en sciences pharmaceutiques dans son pays, puis il est parti en Corée du Sud pour faire une maîtrise en pharmacologie. Il a terminé son doctorat en génétique moléculaire à l’université de Glasgow.

En décembre dernier, nous avons également accueilli Irene Sanchez, qui est venue de la belle ville de Grenade pour poursuivre son doctorat avec nous. Irene a étudié la biochimie dans sa ville natale (car il n’y avait pas de spécialisation en neurosciences) et a passé son master au Royaume-Uni. Heureusement pour nous, elle s’intéresse beaucoup à la neurobiologie et elle a décidé de nous rejoindre ici à Bordeaux.

Enfin, notre groupe s’est encore agrandi avec l’arrivée de Marthiale Ngombe, qui est donc la seule française de notre équipe. Pendant ses études de master en neurosciences à l’Université de Bordeaux, elle nous a rejoints pour nous aider à l’hébergement des drosophiles en tant que zootechnicienne. Elle s’intéresse à la pathophysiologie du cerveau, en particulier à la façon dont la dépendance peut modeler les fonctions cérébrales.


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Portrait de Sandra Soukup


09/09/20 // Catégorie(s) : Portraits et entretiens