
Lucile Capuron chevalière de la Légion d’honneur
Mercredi 9 septembre 2026, a eu lieu, à la chambre régionale des comptes, la cérémonie de remise des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à Lucile Capuron, directrice de recherche à l’Inrae et directrice de l’unité mixte de recherche NutriNeuro (Inrae, Université de Bordeaux, Bordeaux INP).

Elle a reçu cette récompense des mains de M. Philippe Mauguin, président directeur général d’INRAE, en présence de M. Dean Lewis, président de l’université, de M. Jean-Pierre Poussou, ancien président de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Art de Bordeaux actuellement en charge des Actes de l’Académie, et de nombreux collègues, proches et amis.
Lors de son discours de remise des insignes, M. Mauguin a rappelé le parcours de Lucile Capuron, native de Bordeaux, son engagement sans relâche au service de la science et de la santé, et son expertise internationalement reconnue, à l’interface des sciences psychologiques, biomédicales, de la psycho-neuro-immunologie et des neurosciences.
Après une formation initiale en Psychologie Expérimentale et un doctorat de Psychologie, elle étudie à l’Institut Bergonié le cas de patients atteints de cancer qui, traités par immunothérapie, développaient un véritable état dépressif. Cette observation sera à l’origine de l’immuno-psychiatrie, qui étudie le rôle des mécanismes de l’immunité dans la genèse des troubles psychiatriques.
Un séjour post-doctoral à l’Université Emory à Atlanta lui permet par la suite d’explorer plus en profondeur les mécanismes neurobiologiques de la dépression liée à l’inflammation et, surtout, de passer d’une psychologie d’observation à une psychologie expérimentale. Tout en restant chercheuse associée au Département de Psychiatrie de l’Université Emory jusqu’en 2022, elle revient à Bordeaux fin 2005, dans le laboratoire qui deviendra NutriNeuro.
Aujourd’hui, l’objectif général des recherches de son équipe est d’élucider les mécanismes impliqués dans le développement d’altérations de l’humeur dans des conditions de dérégulations métaboliques, telles que l’obésité, et/ou liées à la consommation de régimes alimentaires déséquilibrés de type « occidental » ou énergétiquement denses. Ses travaux ouvrent également d’importantes pistes dans la prévention et la prise en charge, par des approches nutritionnelles, des troubles neuropsychiatriques.
Avec ses équipes, Lucile Capuron a notamment mis en évidence que l’inflammation systémique est un déterminant majeur du risque de dépression. Elle a aussi dressé le constat que les patients atteints de pathologies immunes ou à composantes inflammatoires — cancer, maladies auto-immunes, maladies cardiovasculaires, pathologies chroniques, troubles métaboliques… — souffrent plus de dépression que la population générale (de 15 à 60% contre 5 à 10%). Elle a également déterminé le rôle de l’inflammation chronique à bas bruit qui caractérise l’obésité, dans la physiopathologie des troubles neuropsychiatriques chez les personnes en situation d’obésité.
Lucile Capuron a ensuite pris la parole pour exprimer l’immense honneur de recevoir cette distinction. Elle a tenu, alors, à exprimer sa profonde gratitude aux représentants de l’INRAE et de l’université de Bordeaux, pour leur soutien constant, à la fois à titre individuel mais aussi au nom de son laboratoire.
Elle a rappelé que pour un chercheur, le soutien de son institution est essentiel et déterminant. Il permet bien sûr d’avancer sereinement, de prendre des risques et d’oser, oser notamment le développement de projets ambitieux, mais il renforce surtout les convictions : « Ce sont ces convictions qui nous aident et nous poussent à poursuivre notre réflexion et notre recherche, même lorsque que les résultats et les réponses ne sont pas encore là. »
Elle a notamment tenu à remercier l’université de Bordeaux, qu’elle représente dans le grand programme national de recherche en Psychiatrie de Précision, PROPSY, lancé et financé par l’État dans le cadre du plan France 2030. Au sein de ce programme, elle dirige les actions destinées à l’éducation et à la formation des futurs chercheurs et professionnels de santé à la psychiatrie de précision. C’est une mission qui lui tient particulièrement à cœur car elle porte un enjeu majeur de santé publique : contribuer, par la formation, à faire évoluer les pratiques, la recherche et le soin en psychiatrie pour déployer sur le territoire une médecine de précision des troubles de santé mentale, basée sur des approches plus personnalisées, mieux adaptées aux besoins des patients, et intégrant les facteurs environnementaux comme l’alimentation.
« Recevoir la Légion d’honneur signifie beaucoup pour moi, et ceci en particulier car cette distinction reconnait des valeurs qui me sont chères : l’engagement, le mérite, mais aussi le sens du devoir, envers soi et envers les autres. », a-t-elle tenu à exprimer. « Au-delà de nos qualités et du parcours individuel, dans la recherche, il n’y a pas de parcours sans les autres. Chercher, c’est se confronter, discuter, argumenter, écouter et accepter la position de l’autre car cette position ouvre des perspectives auxquelles seul nous n’aurions peut-être pas pensé. Et c’est aussi pour cela que je reçois cette distinction avec beaucoup de gratitude, mais aussi avec beaucoup d’humilité. Je sais en effet que ce parcours qui est aujourd’hui salué, je le dois à de nombreuses rencontres, dont certaines ont été déterminantes pour moi. »
Parmi ces rencontres, ses mentors : Robert Dantzer neurobiologiste qui a dirigé sa thèse, Andrew Miller, Professeur dans le Département de Psychiatrie de l’Université Emory à Atlanta, et Alain Ravaud, professeur d’oncologie à Bordeaux qui lui a ouvert les portes de son service hospitalier à l’Institut Bergonié. « Certains mentors nous apprennent des concepts, des méthodes et nous transmettent leurs connaissances scientifiques. D’autres nous apprennent à penser, réfléchir et à nous interroger avec curiosité et rigueur. Eux m’ont appris les deux. »
Elle conclura par ces mots : « Ce parcours, vous l’aurez compris, est fait de nombreuses personnes et de belles rencontres, et c’est cela que je voudrais retenir aujourd’hui. Recevoir la Légion d’honneur est pour moi une grande reconnaissance. Mais je crois que c’est surtout une invitation à poursuivre. Poursuivre collectivement l’engagement et cette riche aventure qu’est la recherche scientifique, au service des autres et de la société. »
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Last update 18/09/26