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Martine Cador, Muriel Darnaudery dans Neuropsycho­pharmacology

Trop de sucre à l’adolescence : risque de dépression à l’âge adulte ?

Unlimited sucrose consumption during adolescence generates a depressive-like phenotype in adulthood. Gueye AB, Vendruscolo LF, de Ávila C, Le Moine C, Darnaudéry M, Cador M. Neuropsychopharmacology. 2018 Feb 27. doi: 10.1038/s41386-018-0025-9.

Martine Cador,
 PhD. DR CNRS Team leader Addicteam : Neuropsychopharmacology of addiction / INCIA – Institut de Neurosciences Cognitives et Intégratives d’Aquitaine.
Muriel Darnaudery, PhD / Professor of Neuroscience University Bordeaux/ Lab NutriNeurO /Team: Psychoneuroimmunology and Nutrition


Martine Cador et Muriel Darnaudery
Martine Cador et Muriel Darnaudery

L’adolescence est une période critique pour le cerveau en développement. Des neuroscientifiques de l’université de Bordeaux ont montré qu’une consommation illimitée de sucrose chez le rat pendant l’adolescence perturbe la plasticité cérébrale, la motivation et les comportements émotionnels à l’âge adulte. Les altérations observées sont corrigées par un traitement chronique avec un antidépresseur. Ces résultats posent la question des potentiels effets délétères de la surconsommation d’aliments ou de boissons sucrées sur la maturation cérébrale et la santé mentale à l’âge adulte.

Les chercheurs de l’équipe Addicteam de l’INCIA (CNRS) ont développé depuis quelques années un projet préclinique sur les effets à long terme de consommation de sucre au cours de l’adolescence. Ils ont montré, en collaboration avec NutriNeuro (INRA), que l’accès illimité à une solution sucrée (5%) pendant l’adolescence chez le rat produit à l’âge adulte une baisse de la motivation, une augmentation des comportements de type anxieux et de l’immobilité dans le test de la nage forcée ainsi qu’une diminution de la neurogénèse dans l’hippocampe. Ces altérations sont classiquement interprétées comme une signature d’un état de type « dépressif » dans les modèles pré-cliniques.

De plus, un traitement chronique avec un antidépresseur (imipramine) permet d’empêcher l’apparition des altérations neurocomportementales associées à la surconsommation d’eau sucrée à l’adolescence. Les chercheurs s’intéressent maintenant à élucider les circuits neuronaux impliqués. Ces travaux ont des implications sociétales importantes puisqu’ils suggèrent qu’une consommation excessive d’aliments riches en sucre (très récompensant) pendant l’adolescence modifie la trajectoire développementale cérébrale et favorise l’apparition d’un état dépressif à l’âge adulte.

(Source : CNRS)

Schéma : Des rats « adolescents » (âgés de 30 à 46 jours) ont eu librement accès à deux bouteilles : une bouteille d’eau et une bouteille d’eau sucrée à 5%. La préférence pour l’eau sucrée est immédiate et les quantités bues sont très importantes (jusqu’à 4 fois plus que la consommation habituelle d’eau). A l’âge adulte, les rats ayant consommé l’eau sucrée se montrent moins motivés pour obtenir une récompense appétente, plus anxieux et plus immobiles dans le test de la nage forcée. Ces effets sont supprimés par un traitement chronique avec un antidépresseur administré dès la fin de l’adolescence. De plus, au niveau cérébral, la surconsommation de sucre à l’adolescence diminue la neurogénèse hippocampique adulte qui est également normalisée par l’antidépresseur.

 

Martine Cador / Muriel Darnaudery

16/05/18