
Mieux comprendre comment nos émotions influencent nos décisions grâce au cortex préfrontal dorso-médian
Le cortex préfrontal dorso-médian joue un rôle majeur dans nos prises de décisions. Pour la première fois, l’équipe de Cyril Herry (Neurocentre Magendie – Inserm / université de Bordeaux) en collaboration avec des chercheurs suisses, a réussi à cartographier précisément son activité pour montrer comment les neurones de cette région du cerveau encodent simultanément la valence (positive ou négative), la valeur (plus ou moins importante) et la saillance (plus ou moins susceptible d’attirer l’attention) des stimuli provoquant des émotions, au point de motiver des comportements chez la souris. Leurs résultats ont été publiés dans la revue Nature le 7 janvier 2026.

La prise de décision est un processus complexe qui mobilise un vaste réseau neuronal. Une expérience négative peut induire des comportements d’évitement, tandis qu’une expérience positive peut nous pousser à répéter des actions associées à une forme de récompense. Mais comment le cerveau transforme-t-il les informations qu’il reçoit de notre environnement en motivations guidant nos choix ?
C’est précisément cette question qu’a explorée l’équipe de Cyril Herry (Neurocentre Magendie – Inserm, université de Bordeaux), en scrutant de près l’activité d’une région du cerveau clé dans les processus émotionnels et décisionnels : le cortex préfrontal dorso-médian.
« À l’image d’un chef d’orchestre, le cortex préfrontal dorso-médian reçoit des signaux de diverses régions du cerveau ayant des significations émotionnelles positives ou négatives, et coordonne l’activité des réseaux neuronaux pour produire des comportements adaptés à chaque situation. Mais la manière dont il traite et organise ces informations reste encore mal connue », explique Daniel Jercog, chercheur maintenant installé à l’université de Copenhague et dernier auteur de l’étude.
Pour y voir plus clair, les scientifiques ont enregistré l’activité du cortex préfrontal dorso-médian chez des souris grâce à de l’imagerie calcique à résolution cellulaire, une technique permettant de visualiser en temps réel l’activité des neurones au cours du comportement en détectant les variations de concentration de calcium, un indicateur clé de l’excitation neuronale.
Dans leur expérience, les souris apprenaient à reconnaître différents signaux sonores. Selon le signal, les souris devaient adopter un comportement adapté : s’approcher de la zone d’où provenait le son lorsqu’il annonçait une récompense, éviter la zone si le son était associé à un stimulus désagréable, ou ne rien faire lorsque le son n’avait pas de conséquence particulière.
Les scientifiques ont alors observé que les neurones du cortex préfrontal dorso-médian codaient principalement la valeur émotionnelle des stimuli générés par notre environnement, et que ces représentations de la valeur émotionnelle des stimuli engageaient des populations neuronales préfrontales distinctes. En parallèle, les chercheurs ont observé un codage simultané de la valence (positive ou négative) et de leur saillance (le degré d’importance ou l’intensité) selon des axes orthogonaux, c’est-à-dire indépendants l’un de l’autre.
« Cette organisation neuronale évolue en permanence en fonction de la nature des stimuli, ce qui permet une grande flexibilité et une adaptation rapide du comportement en fonction du contexte », explique Nanci Winke, première autrice de l’étude.
« C’est la première fois qu’une étude montre comment les neurones du cortex préfrontal dorso-médian encodent simultanément la valence, la valeur et la saillance des stimuli provenant de l’environnement, souligne Cyril Herry, directeur de recherche à l’Inserm et co-auteur de l’étude. Cependant, nos résultats ne permettent pas de conclure que les mêmes mécanismes existent chez l’humain, dont le fonctionnement cérébral diffère largement de celui de la souris. C’est justement ce que nos prochaines recherches viseront à clarifier. »
À long terme, les scientifiques espèrent que leur découverte contribuera à mieux traiter les pathologies psychiatriques qui altèrent le fonctionnement du cerveau lorsque nous prenons des décisions dans un contexte émotionnel particulier, positif ou négatif.
« Nous espérons que nos résultats permettront de développer de nouvelles approches pour mieux comprendre et soigner des maladies mentales, comme l’anxiété et la dépression, qui peuvent modifier notre réaction émotionnelle face aux informations provenant de notre environnement », conclut Cyril Herry.
Référence
Prefrontal neural geometry of associated cues guides learned motivated behaviors
Nature, 7 janvier 2026
Nanci Winke1,2, Andreas Lüthi2,3, Cyril Herry1,*, Daniel Jercog1,4*
1 Univ. Bordeaux, INSERM, Neurocentre Magendie, U1215, F-33000 Bordeaux, France
2 Friedrich Miescher Institute for Biomedical Research; Fabrikstrasse 24, CH-4058 Basel, Switzerland.
3 University of Basel, CH-4000 Basel, Switzerland.
4 Department of Neuroscience, University of Copenhagen; Blegdamsvej 3, Copenhagen, 2200, Denmark
* Corresponding authors
DOI : https://doi.org/10.1038/s41586-025-09902-2
Contacts
Mise à jour: 13/01/26