Guillaume Lucas dans Molecular Psychiatry

La plasticité synaptique, c'est fantastique : une nouvelle stratégie contre la dépression.

Inducing a long-term potentiation in the dentate gyrus is sufficient to produce rapid antidepressant-like effects. Kanzari A, Bourcier-Lucas C, Freyssin A, Abrous DN, Haddjeri N, Lucas G. Inducing a long-term potentiation in the dentate gyrus is sufficient to produce rapid antidepressant-like effects. Mol Psychiatry. 2017 May 9. 


L’un des principaux défis de la neuropsychopharmacologie moderne réside dans le traitement de la dépression. En effet, les antidépresseurs (AD) couramment utilisés en clinique, dont le Prozac constitue toujours le chef de file, sont loin de présenter un profil optimal, un tiers seulement des patients répondant de manière satisfaisante au traitement. Un autre tiers ne répond que partiellement, alors que chez le dernier tiers de patients, les symptômes de la dépression sont malheureusement résistants au  médicament.

En outre, même lorsqu’une réponse est observée, elle ne se manifeste qu’après un délai pouvant durer entre 4 et 8 semaines, ce qui peut s’avérer critique chez les patients à risque suicidaire. La recherche de nouvelles stratégies thérapeutiques et la mise en place de nouveaux traitements AD apparaît donc d’une importance cruciale. Dans cette étude utilisant des modèles animaux de la dépression, nous montrons qu’une stimulation très brève (3 minutes) d’une zone précise du cerveau réduit les comportements de type « dépressif » de manière plus importante, et surtout plus 8 à 10 fois plus rapide, qu’une molécule AD classique. Cette zone du cerveau contient un faisceau de neurones formant ce que l’on appelle la « voie perforante », qui projette dans une autre région appelée hippocampe, l’un des principaux sièges de la mémoire et des émotions dans le cerveau des mammifères. Le type de stimulation que nous avons effectué était connu depuis de nombreuses années pour avoir un rôle facilitateur dans la mémoire et l’apprentissage, grâce au renforcement de la puissance des synapses qu’il induit dans l’hippocampe.

En revanche, cette « plasticité synaptique », également dénommée potentialisation à long terme, n’avait jamais été abordée dans le cadre de la dépression. Jusqu’à présent, les travaux portant sur la mise au point de nouveaux AD avaient porté sur la sérotonine, le neurotransmetteur par l’intermédiaire duquel le Prozac et les composés similaires agissent, et son influence éventuelle sur les mécanismes de croissance cellulaire permettant la genèse de nouveaux neurones dans l’hippocampe. Il apparaît donc qu’il soit possible de « court-circuiter » ces processus longs, par le simple fait de favoriser la plasticité synaptique entre la voie perforante et l’hippocampe. A l’heure actuelle, un nombre croissant de techniques médicales permettant d’effectuer une stimulation non invasive de zones cérébrales précises devient disponible, ce qui laisse entrevoir la possibilité de procéder à des tests cliniques dans un futur proche. Au-delà de ces perspectives thérapeutiques, notre étude suggère qu’il existe un continuum entre les mécanismes cérébraux de mémoire et ceux impliqués dans le contrôle des émotions. A terme, cette similarité d’action pourrait également permettre de mieux cibler les stratégies de psychothérapie, qui restent un complément indispensable de tout traitement à base de psychotropes.

05/04/18