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Entretien avec Fabien Wagner, nouveau chef d’équipe à l’IMN

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L’IMN accueille Fabien Wagner à partir de ce mercredi 1er avril. Il a été lauréat de la chaire « Junior Team Leader » du programme « Neurocampus » de la Région Nouvelle-Aquitaine.

Bordeaux Neurocampus : Bonjour Fabien Wagner, et bienvenue à Bordeaux Neurocampus ! Pourriez-vous vous présenter et notamment nous préciser votre parcours ?

Fabien Wagner : Formé d’abord en tant qu’ingénieur généraliste puis en neurosciences, j’effectue des recherches à l’intersection entre les Neurosciences et la Neuroingénierie. J’étudie comment la dynamique des réseaux neuronaux devient altérée dans des troubles neurologiques ou après un accident, et comment restaurer leur comportement naturel en utilisant des approches de neuromodulation. Pendant mon Ph.D. à l’université Brown, j’ai élaboré de nouveaux outils permettant d’enregistrer et de stimuler le cerveau simultanément, et j’ai étudié les dynamiques corticales qui ont lieu pendant la transition vers des crises épileptiques dans des modèles rongeurs et des patients. Puis, pendant mon travail de postdoctorat à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), j’ai développé des neuroprothèses permettant de restaurer la locomotion dans des modèles primates. J’ai ensuite mené une équipe importante de scientifiques, d’ingénieurs et de cliniciens afin d’effectuer la translation de ces technologies chez des patients atteints de lésions de la moelle épinière, dans le contexte d’un premier essai clinique chez l’humain, dont des résultats préliminaires ont été publiés en 2018.

BN: Votre équipe se nomme “Neuromodulation and neuroprosthetique”. Quel en sera l’objectif ?

FW: Mon objectif général est de développer de nouveaux paradigmes de neuromodulation et des systèmes neuroprosthétiques afin de réparer ou remplacer les fonctions des circuits neuronaux affectés par des troubles neurologiques ou une lésion du système nerveux. En tant que chef d’équipe à l’IMN, je souhaite en particulier étendre l’utilisation des neuroprothèses au-delà de leur application actuelle dans le domaine moteur, vers les troubles neurocognitifs tels que les déficits de mémoire. L’objectif spécifique de ce projet Neurocampus sera l’élaboration d’une neuroprothèse des réseaux cérébraux à grande échelle afin de restaurer la mémoire après une lésion cérébrale ou des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer.

BN: Cela se base sur quelles techniques et quelles méthodes ?

FW: Cette recherche combine des techniques de Neuroscience et de Neuroingénierie, en particulier l’électrophysiologie in vivo, le traitement du signal, l’apprentissage automatique et la théorie du contrôle. Notre approche utilise des enregistrements intra-crâniaux multi-électrodes de l’activité neuronale à diverses échelles spatiales telles que les potentiels de champs locaux et l’activité électrocorticographique, combinés à une neurostimulation multi-sites avec des profils spatiaux, temporels et spectraux spécifiques. Cette stimulation ciblée vise à imiter les dynamiques neuronales saines. Elle a pour but de restaurer la communication entre des aires cérébrales éloignées, qui deviennent fonctionnellement déconnectées suite à une lésion ou une dégénérescence neuronale. En combinant cette approche avec des protocoles d’entraînement cognitif, nous visons à promouvoir des mécanismes de neuroplasticité et à améliorer les fonctions cognitives sur le long terme.

BN: Quelles ont été vos motivations pour intégrer Bordeaux Neurocampus ?

FW Après la publication de mon principal travail postdoctoral en 2018, c’était le moment pour moi de postuler à des postes universitaires et de créer ma propre équipe de recherche. Pour obtenir de tels postes, la mobilité est généralement nécessaire. L’idée est d’apporter ses compétences dans un nouvel environnement pour permettre de nouvelles interactions, une nouvelle synergie… Comme mon objectif est de développer les neurotechnologies à partir de modèles précliniques jusqu’aux patients, je voulais rejoindre une institution qui permettrait un tel travail de translation. Cela inclut l’accès à des installations pour animaux, la proximité d’une plateforme clinique et la présence d’équipes de recherche qui compléteraient mon propre savoir-faire. Bordeaux Neurocampus réunit toutes ces différentes composantes, ce qui a été ma principale motivation pour postuler. La chaire de jeune chercheur prévoit également un budget pour l’équipement et le personnel pendant 3 ans, ce qui est essentiel pour créer un nouveau groupe de recherche. Elle donne les ressources et le temps nécessaires pour établir une ligne de travail indépendante, avant de solliciter des subventions du CNRS et des subventions européennes pour faire avancer la recherche.

BN : Des recrutements seront donc à prévoir ?

FW : Absolument. La situation actuelle n’est pas tout à fait propice à des recrutements, mais nous acceptons les candidatures d’étudiants et postdoctorants motivés avec une expertise dans le domaine des neurosciences, du génie biomédical, ou de toute autre discipline appropriée.

BN: Merci Fabien ! Et encore bienvenue !

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24/07/20