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Colloque : La question de la crédibilité de la recherche scientifique à l’heure des « faits alternatifs »

POST-VÉRITÉ ? La question de la crédibilité de la recherche scientifique à l’heure des « faits alternatifs »

Bordeaux, 5 et 6 octobre 2021

Post vérité ? La notion, popularisée en 2016, année marquée par le Brexit et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, désigne une configuration politique et médiatique dans laquelle la crédibilité d’un discours repose moins sur son adéquation aux faits que sur sa correspondance avec les croyances et les pulsions émotives. Le phénomène interroge la place de la recherche scientifique dans le débat public et politique.

Pour faire face aux défis générés par ce phénomène, des chercheurs de toutes disciplines unissent leur force pour organiser un colloque les 5 et 6 octobre 2021 sur le campus bordelais, dans le cadre des trente ans de l’Institut universitaire de France. Les propositions de contributions sont les bienvenues, et sont à faire parvenir avant le 15 février 2021. Le colloque est ouvert au grand public, sans frais d’inscription.

Appel à communication

La notion de « post-vérité » a été popularisée en 2016, année marquée par le Brexit et l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Cette année-là, le concept de post-truth a été élu mot de l’année par le dictionnaire Oxford et celui de postfaktisch (post-factuel) par la Gesellschaft für deutsche Sprache (Association pour la langue allemande).

La notion de « post-vérité » n’est pas facile à définir. Elle désigne une configuration politique et médiatique dans laquelle la crédibilité d’un discours repose moins sur son adéquation aux faits que sur sa correspondance avec les croyances et les pulsions émotives d’une partie de l’opinion publique, sur fond de méfiance diffuse envers les élites et les institutions établies. Elle peut cependant aussi renvoyer, dans une perspective plus critique, à une déconstruction historique ou sociologique des pouvoirs déguisés en savoirs, ce qui empêche, parlant de la relation de la science et de la « post-vérité », de tomber dans une dichotomie facile du combat de la vérité contre l’erreur. L’histoire de la science montre que celle-ci a été jonchée d’errements et d’aberrations et que le devoir de réflexivité ne doit pas échapper aux chercheurs eux-mêmes.

Pour expliquer l’avènement d’une ère de la post-vérité, certains accusent le développement des flux d’informations numériques, circulant sans la régulation d’intermédiaires, la fragmentation de la polis en entités plus ou moins étanches et le désintérêt pour des enjeux sociaux et politiques de plus en plus abscons, voire occultes. Mais peu importe les facteurs en jeu, il est clair que la recherche scientifique, qui ambitionne de produire des résultats reproductibles et réfutables, se trouve généralement dénigrée par la montée du post-factualisme. Cette dévalorisation est paradoxale dans la mesure où les innovations technologiques produites par les chercheurs sont régulièrement mobilisées par ceux-là même qui les accusent de faire partie des « élites déconnectées du réel », méprisant le « peuple » et tentant de lui imposer un discours basé sur la « rectitude politique » et/ou la suprématie d’un groupe dominant.

Le présent colloque a pour but de faire un état des lieux de la crédibilité de la recherche scientifique dans le monde actuel, en comparant les disciplines (sciences dures, sciences médicales, sciences humaines et sociales, humanités…) mais aussi les aires géographiques (Europe, Amérique du Nord) et des contextes (routines et situations de crise telle que celle vécue en 2020 en lien avec le Covid-19).  Nous souhaitons réunir des contributions de chercheuses et chercheurs confirmés autour des questions suivantes :

* La notion de post-vérité est-elle pertinente ? Est-elle elle-même une construction médiatique ? D’autres concepts sont-ils plus adéquats pour circonscrire les phénomènes d’anti-intellectualisme actuels ? Peut-on relativiser la nouveauté de l’ère de la post-vérité en explorant les recours aux « faits alternatifs » dans le passé ?

* Quels facteurs expliquent la crise, si crise il y a, du discours scientifique ? Les recherches universitaires peuvent-elles prêter le flanc à la critique d’une déconnexion du réel ? L’ère de la « post-vérité » profite-elle de l’isolement des chercheurs dans leur « tour d’ivoire » ?

* Quels acteurs favorisent ou nuisent à la montée de la « post-vérité » : lobbys, médias, think tanks, système éducatif, etc. ?

* Quel rapport d’intervention au réel l’ère de la post-vérité dessine-t-elle ? Comment ses registres et médias d’expression relèvent-ils d’une construction sociale du réel, et du vrai ?  De/sur quel pouvoir instituant ces constructions peuvent-elles se réclamer/s’appuyer ?  Comment en retour ces déplacements affectent-t-ils les modes d’affirmation de la démonstration scientifique ?

* Quels domaines résistent le mieux à la post-vérité ? Qu’est-ce qui « passe » et ne « passe » pas de la science à la société ?

* Quels outils peut apporter la science, quelles garanties peut apporter la recherche scientifique, la formation et l’éducation pour lutter contre les contre-vérités ?

En savoir plus / Répondre à l’appel

https://postverite.sciencesconf.org

26/01/21