Bernard Mazoyer prend la tête de l’OHBM

Bernard Mazoyer, PUPH de Radiologie au CHU Pellegrin et membre de l’Institut des Maladies Neurodégénératives (UMR5293, CEA, CNRS et Université de Bordeaux) a été élu Chairman de l’Organization for Human Brain Mapping (OHBM) lors du Congrès annuel de cette société qui vient de se tenir à Genève.

Le 7 juillet 2016

Bernard Mazoyer a contribué à la création de cette organisation internationale dont il en a été le premier Chairman élu en 1997.

Yves Déris  / Bordeaux Neurocampus : Bernard Mazoyer, quelles étaient vos motivations pour créer l’OHBM en 1997 ?

Bernard Mazoyer : La recherche sur l’architecture anatomique et fonctionnelle du cerveau humain a longtemps été bridée par manque d’une technique d’imagerie à hautes résolutions spatiale et temporelle qui soit utilisable chez l’homme. Elle a connu un développement spectaculaire au début des années 90, avec la mise au point de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), une techniques qui peut être utilisée chez l’homme sans aucun danger, et qui permet d’obtenir des cartes structurelles et fonctionnelles du cerveau humain sain ou malade.
Le groupe d’imagerie neurofonctionnelle (GIN) que je dirigeais à cette époque au CEA à Orsay a joué un rôle pionnier au niveau international dans la cartographie du cerveau humain, avec d’autres équipes aux USA, au Canada et en Angleterre. Mais l’ensemble de la communauté concernée par cette révolution scientifique était dispersée, et l’objectif du congrès fondateur de Paris en 1995 était de réunir les chercheurs méthodologistes et utilisateurs en neurosciences cognitives, neurologie et psychiatrie des nouvelles techniques de neuroimagerie.
Ce congrès a eu un succès qui a dépassé nos espérances et qui a conduit à la décision de tenir un congrès du même type chaque année et à la création en 1997 de l’OHBM.

YD / FBN : Qu’est-ce qui a fait le succès et la réussite de cette organisation ?

BM : Lors du dernier meeting à Genève le mois dernier, 3500 participants ont assisté à 2800 communications, à comparer aux 400 communications et 900 participants à Paris en 1995.
Le succès d’OHBM vient de ce qu’elle répond au besoin de communautés intrinsèquement pluridisciplinaires de disposer d’un forum commun pour échanger et discuter, permettant ainsi à ce nouveau champ de recherche de se développer et d’acquérir sa propre identité dans le domaine des neurosciences. Les chercheurs affiliés à cette organisation ont un objet de recherche commun, le cerveau humain, et partagent des outils spécifiques qui sont les techniques de neuroimagerie.
En particulier, OHBM permet aux utilisateurs de ces techniques d’être informés des évolutions méthodologiques, qui sont très rapides dans ce champ de recherche récent, et de les intégrer rapidement dans leur recherche. Une autre raison du succès d’OHBM est son mode de fonctionnement souple, démocratique et partagée entre les différents continents : les membres d’OHBM viennent de plus de 50 pays sur les 5 continents, et la tenue de son congrès annuel alterne entre Asie, Europe et USA.

Enfin, OHBM rencontre un réel succès auprès des étudiants qui constituent 50% de ses membres. OHBM leur offre en effet au cours de congrès, outre un soutien financier, la possibilité de présenter leurs travaux à un public multidisciplinaire, et l’accès à des d’offres d’emplois. Les étudiants OHBM élisent d’ailleurs chaque année un bureau qui les représente et propose des actions spécifiques.

YD / FBN : qu’attend t-on de la neuroimagerie aujourd’hui et quelles sont perspectives ?

BM : La neuroimagerie a révolutionné notre connaissance sur l’organisation fonctionnelle macroscopique du cerveau humain, normal ou au décours de pathologies neurologiques ou psychiatriques, en permettant son étude non traumatique et écologique. Elle est devenue une approche incontournable dans les champs des neurosciences cognitives, la psychologie, de la neurologie, de la psychiatrie, et plus récemment du développement et de l’éducation.
Un défi dans le futur sera de coupler ces cartes obtenues à l’échelle du millimètre avec les données d’imagerie cellulaire et moléculaire obtenues chez l’animal à de bien meilleures résolutions. Un autre défi pour les années à venir est de comprendre les sources de variabilité de l’architecture cérébrale, en constituant de grandes basées de données multimodales de neuroimagerie et de génétique. La connaissance de ces sources de variabilité doit à terme permettre d’obtenir des biomarqueurs –image permettant le dépistage et l’évaluation des neuropathologies, notamment celles liées à l’âge, et des interventions sur ces pathologies.

YD / FBN : quelles sont vos ambitions pour les années 2016- 2019 ?

BM : Sur le plan scientifique, il me semble important de poursuivre et d’amplifier les actions de standardisation des méthodes utilisées par notre communauté. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui a commencé il y quelques années et qui doit être poursuivi. C’est une condition indispensable pour partager et regrouper les grandes bases de données de neuroimages, seules à même de permettre une mesure précise des sources de la variabilité cérébrale, génétiques notamment, et de fournir des données normatives et des biomarqueurs fiables.

Sur le plan institutionnel, je vais poursuivre les actions que mes prédécesseurs ont engagées et qui visent à transformer OHBM. Limitée à l’origine à l’organisation de son congrès annuel, OHBM va devenir une société savante à part entière proposant des actions tout au long de l’année aussi bien à ses adhérents, aux professionnels de santé, qu’au grand public.

Cette évolution, décidée récemment, nécessite la mise en place de nouvelles instances et la modification de nos statuts pour développer la formation, la communication, et intégrer plus de diversité dans son administration. Ceci va nécessiter de développer les interactions avec les autres sociétés savantes utilisatrices de ces techniques dans le monde académique ou médical, ainsi que de développer la participation des pays latino-américains et asiatiques dans OHBM.

Propos recueillis par Yves Deris / Bordeaux Neurocampus le 6 juillet 2016

 

Bernard MazoyerBernard Mazoyer

Professeur des Universités – Praticien Hospitalier – MD-PhD
Université de Bordeaux
Chercheur/ Groupe d’Imagerie neurofonctionnelle
Rattachée à l’Institut des Maladies Neurodégénératives d’ Erwan Bézard.
Praticien hospitalier- Service de Neuroradiologie diagnostique et thérapeutique, Pôle Imagerie médicale – CHU Pellegrin Bordeaux
Lien vers le GIN

 

Dernière mise à jour le 08.07.2016

12/04/18