Un chercheur inspiré et vagabond : Charles-Édouard Brown-Séquard (1817–1894)

André Calas
Biologie Aujourd’hui. 2026-01-01; 220(1-2): 25-34
DOI: 10.1051/jbio/2026004


Cet article vise à décrire quelques « soubresauts » de la vie tumultueuse de Charles-Édouard Brown-Séquard (1817–1894). Fils posthume d’un américain et d’une française dont il associera les noms, il naît et passe sa jeunesse à l’Île Maurice, alors possession anglaise mais largement francophone, avant de partir pour Paris où on lui conseille de se consacrer à la médecine plutôt qu’à la littérature, son ambition initiale. Ses études médicales sont interrompues par la mort subite de sa mère et un premier retour, provisoire, à Maurice ; reprises à Paris, elles aboutissent à une thèse de doctorat sur la physiologie de la moelle épinière. Malgré une situation matérielle précaire et pendant l’épidémie de choléra (1848), Brown-Séquard continue ses travaux de recherche sur des sujets très divers, notamment des greffes interspécifiques d’organes, mais il affine également la description des symptômes du syndrome de lésion spinale qui porte toujours son nom et démontre le croisement dans la moelle de certaines voies sensorielles ainsi que, sur l’oreille de lapin, le rôle de l’innervation vaso-motrice. Ne pouvant, par son statut de sujet britannique, obtenir en France de poste permanent, il va pendant trente ans multiplier les voyages et les séjours à l’étranger, notamment aux États-Unis (60 traversées transatlantiques), à Philadelphie, New York, Richmond puis à Londres et Dublin et à Boston (Harvard). C’est au moment de la mort de Claude Bernard qu’il obtient enfin sa naturalisation française, ce qui lui permet d’être candidat à la chaire de Médecine du Collège de France où il est élu en 1878 ainsi qu’à l’Académie des Sciences en 1886. Jusqu’à sa mort en 1894 il se consacre à la description des effets de traitements régénérateurs par des extraits de glandes ou d’organes (opothérapie) avec la prescience, en particulier sur les surrénales, de ce qui deviendra l’endocrinologie. Avec d’Arsonval il diffuse la méthode parmi les médecins avant que la presse et le grand public ne s’en emparent, lui conférant une renommée un peu sulfureuse de « savant fou ». Bourreau de travail (et de beaucoup d’animaux…), courageux à l’extrême, désintéressé, excentrique, entêté dans l’erreur comme dans la vérité, Brown-Séquard apparaît comme un savant du XIXe  siècle aussi singulier qu’attachant. La Société de Biologie, qu’il a présidée de 1887 à 1891 et dont il avait participé en 1848 à la fondation ainsi qu’à celle de plusieurs revues scientifiques, se doit de lui rendre hommage.

Auteurs Bordeaux Neurocampus