
Women’s voices – Rachel Ginies
Ce mois-ci, dans la rubrique Women’s voices, Sara Carracedo s’entretient avec Rachel Ginieis, du laboratoire NutriNeuro. Elle nous parle de son parcours scientifique, du mentorat qui a façonné sa carrière et de ses réflexions sur la place des femmes dans le monde scientifique aujourd’hui.
Sara Carracedo : Pourriez-vous nous parler de votre parcours universitaire et de vos intérêts de recherche actuels ?
Rachel Ginieis : J’ai débuté mon parcours académique avec deux années en classes préparatoires biologie, chimie, physique et sciences de la Terre (BCPST). Au-delà des connaissances en biologie, cette expérience m’a surtout appris à apprendre : assimiler rapidement des concepts complexes, structurer ma pensée et développer une méthode de travail rigoureuse. Ces années ont été déterminantes pour la suite de mon parcours. J’ai ensuite intégré AgroSup Dijon pour y suivre une formation d’ingénieure durant trois ans. C’est là que j’ai réalisé deux stages de recherche de six mois, déterminants pour mon orientation. Le premier, en 2016 à l’Université d’Otago, en Nouvelle-Zélande), sous la direction de Dr. Mei Peng, m’a permis d’explorer l’impact des sucres alimentaires sur les performances cognitives chez l’humain. Le second, en 2017 au laboratoire NutriNeuro, encadré par Dr. Clémentine Bosch-Bouju, portait sur les effets d’un régime enrichi en oméga-3 sur les symptômes dépressifs chez la souris.
Ces expériences ont été révélatrices : elles ont confirmé mon attrait pour la recherche et, surtout, mon intérêt pour les liens entre alimentation et cognition. En 2018, j’ai donc obtenu la bourse doctorale de l’Université d’Otago, ce qui m’a permis d’entamer une thèse sous la codirection de Dr. Mei Peng, Pr. Elizabeth Franz, et Pr. Indrawati Oey. Mon projet, centré sur les interactions entre la perception multisensorielle et le comportement alimentaire hédonique chez l’humain, a été une aventure scientifique passionnante. Il m’a permis de développer une expertise en neurosciences comportementales, tout en renforçant ma capacité à concevoir et mener des projets de recherche ambitieux.
Depuis 2022, je poursuis ce parcours en tant que postdoctorante à NutriNeuro, au sein de l’équipe dirigée par Dr. Marie-Pierre Moisan, de l’équipe NutriPsy. Mon travail actuel, à l’interface entre recherche préclinique et clinique, porte sur l’impact de la chrononutrition sur les fonctions mnésiques, avec des applications potentielles pour comprendre et lutter contre l’obésité chez les adolescents. Ce projet translationnel me permet de combiner mes compétences en neurosciences et en nutrition, tout en contribuant à des enjeux de santé publique majeurs.
Qu’est-ce qui vous a motivée à rejoindre le laboratoire NutriNeuro (équipe NutriPsy), et en quoi cet environnement a-t-il favorisé votre épanouissement ?
Mon premier stage à NutriNeuro s’est révélé extrêmement enrichissant : non seulement j’y ai acquis de nombreuses compétences techniques, mais j’ai aussi trouvé un environnement de travail stimulant et chaleureux. Ce stage avait marqué ma première immersion dans la recherche préclinique, éveillant en moi une véritable fascination pour la biologie fondamentale des processus et des mécanismes impliqués dans certaines pathologies. Après une thèse centrée sur un projet clinique, j’étais particulièrement motivée à faire le lien entre recherche préclinique et clinique. Je suis convaincue que l’intégration de ces deux approches est essentielle pour faire avancer la science de manière plus efficace, et c’est avec enthousiasme que je contribue à cette mission.
Grâce au mentorat de Marie-Pierre Moisan et à l’environnement stimulant du laboratoire NutriNeuro, j’ai pu m’épanouir tant sur le plan scientifique que professionnel. J’ai pu y approfondir mes recherches tout en développant des compétences clés : communication lors de conférences internationales, pilotage de projets collaboratifs et accompagnement d’étudiant·e·s.
Cette période a également été marquée par un événement dans ma vie personnelle : l’arrivée de mon premier enfant. Grâce à la flexibilité et au soutien de mon équipe de recherche ainsi que de mes collègues, j’ai pu concilier avec succès ma nouvelle vie de parent et ma carrière scientifique. Cette expérience m’a offert des enseignements précieux : une maîtrise de l’organisation, une capacité à prioriser mes actions et une résilience qui m’a permis de rapidement m’adapter. Ces compétences ont non seulement consolidé mon engagement à contribuer activement à la science, mais elles ont aussi renforcé ma détermination à militer pour des environnements de travail plus inclusifs. Des espaces où chaque chercheur ou chercheuse, indépendamment de ses responsabilités personnelles, peut s’épanouir pleinement, tant sur le plan professionnel qu’humain.
Quels types de mentorat ou de systèmes de soutien vous ont aidée à persévérer dans la science ?
Depuis mes débuts dans la recherche, j’ai eu la chance d’être entourée de femmes inspirantes qui ont joué un rôle clé dans mon développement professionnel et personnel.
Lors de mes stages, Mei Peng et Clémentine Bosch-Bouju m’ont initiée aux fondamentaux de la démarche scientifique : conception d’expérimentations, analyse de données et processus de publication. Mais au-delà des compétences techniques, elles m’ont surtout appris à croire en mes capacités et à me sentir à l’aise dans le monde de la recherche. Leur disponibilité et leurs conseils pendant cette phase initiale ont été inestimables.
Ma thèse a été une autre étape marquante, grâce au soutien des trois mentores exceptionnelles citées auparavant : Dr. Mei Peng, Pr. Elizabeth Franz, et Pr. Indrawati Oey. Leur accompagnement et le temps qu’elles m’ont consacré m’ont permis d’approfondir mes connaissances, d’affiner mes compétences et de renforcer mon engagement pour la recherche. Elles m’ont montré ce que signifiait persévérer et s’épanouir dans un environnement exigeant mais passionnant.
Aujourd’hui, en tant que postdoctorante, Marie-Pierre Moisan m’apporte un soutien exceptionnel. Elle partage généreusement son expertise et m’aide à naviguer dans les complexités de la recherche et du développement de carrière. Grâce à ses conseils avisés, j’ai obtenu deux financements en mon nom, je me suis davantage impliquée dans la communauté scientifique, et surtout, j’ai commencé à développer ma propre ligne de recherche.
Comment avez-vous perçu l’évolution de la culture scientifique en matière d’égalité des sexes depuis le début de votre carrière ?
Depuis le début de ma carrière, j’ai pu observer une évolution progressive et significative de la culture scientifique vers une plus grande prise de conscience et des actions concrètes en faveur de l’égalité de genre.
Par exemple, des initiatives comme les événements « Femmes en Science » ou la création de comités parité se sont largement développées. Ces organisations ne se contentent pas de mettre en lumière les contributions des chercheuses : elles offrent aussi des espaces d’échange pour partager des expériences et des stratégies afin de surmonter les défis spécifiques liés au genre.
Un autre progrès notable est l’accent mis sur l’engagement auprès des collégiennes et des lycéennes, afin de susciter leur intérêt pour les carrières scientifiques. J’ai moi-même participé à l’un de ces programmes où des personnels de recherche se rendent dans les établissements scolaires – des initiatives qui se sont structurées et multipliées ces dernières années. Ces actions sont essentielles pour déconstruire les stéréotypes dès le plus jeune âge et montrer aux jeunes femmes qu’une carrière en science est à la fois accessible et épanouissante.
J’ai également observé une reconnaissance accrue de l’importance du mentorat. De nombreuses chercheuses expérimentées, incluant celles m’ayant accompagné, s’investissent activement pour soutenir leurs jeunes collègues. Cette culture du mentorat est indispensable pour favoriser la rétention des femmes en science et les aider à progresser dans leur carrière.
Globalement, l’émergence de ces initiatives et la visibilité croissante des femmes en science me donnent confiance dans l’évolution de notre culture. Il est encourageant de voir des institutions comme Bordeaux Neurocampus s’engager concrètement, et j’espère que ces efforts se poursuivront pour faire avancer l’égalité de genre dans la science.
Quel message adresseriez-vous aux jeunes femmes scientifiques qui font leurs premiers pas dans ce domaine ?
Donner des conseils pour évoluer dans le monde scientifique en tant que femme n’est pas une tâche simple, car les obstacles sont à la fois profonds et variés. Malgré les avancées, la communauté scientifique doit encore surmonter des barrières systémiques, des préjugés inconscients et des inégalités d’accès aux opportunités, ce qui peut rendre le parcours particulièrement difficile pour les femmes.
Cependant, mon expérience m’a appris une chose fondamentale : s’entourer de personnes bienveillantes et inspirantes est essentiel. J’ai eu la chance d’être accompagnée par des femmes exceptionnelles, généreuses de leur temps et de leurs conseils, qui ont joué un rôle déterminant dans mon évolution. Mon conseil le plus important est le suivant : trouvez des mentores dans votre domaine.
Par ailleurs, n’ayez pas peur de poser des questions, de prendre des initiatives ou de vous lancer dans des défis qui vous sortent de votre zone de confort. C’est souvent dans ces moments-là que l’on se dépasse le plus — et que l’on découvre ce dont on est vraiment capable. Et surtout, gardez en tête que votre singularité est une force : faites-vous confiance, cultivez votre curiosité, et ne laissez jamais les normes des autres définir qui vous êtes ou ce que vous pouvez accomplir.
Mise à jour: 28/04/26