
Women’s Voices: Sarah Mountadem
Ce mois-ci, dans Women’s Voices, Sara Carracedo a interviewé Sarah Mountadem. Jusqu’en décembre 2025, elle était post-doctorante sous la supervision d’Aude Panatier au Neurocentre Magendie. Dans cette interview, elle revient sur son parcours scientifique et nous donne sons point de vue sur le mentorat féminin et lu leadership dans le milieu universitaire.
Sara Carracedo : Pourriez-vous nous parler de votre parcours universitaire ?
Sarah Mountadem : J’ai un parcours universitaire assez classique. J’ai toujours été profondément fascinée par le cerveau et ses mystères : mon objectif initial était de devenir neurochirurgienne. Bien que j’aie échoué en première année de médecine, je n’ai jamais perdu mon intérêt pour les neurosciences et j’ai décidé de me tourner vers la biologie, dans le but de devenir neurobiologiste.
J’ai commencé par un diplôme d’assistant en génie biologique à Clermont-Ferrand, avec une spécialisation en physiologie animale. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment réalisé que je voulais me concentrer sur la recherche fondamentale. J’ai ensuite poursuivi avec une licence en pharmacologie, suivie d’un master en pharmacologie et neurosciences.
Bien que j’aie initialement douté de ma capacité à entreprendre un doctorat, le soutien et les encouragements de mes superviseurs de stage m’ont motivé à postuler à l’école doctorale. J’ai ainsi non seulement obtenu une bourse ministérielle, mais j’ai également décroché la première place à l’examen d’entrée, démontrant qu’il est possible de réussir même lorsque l’on ne croit pas pleinement en soi au départ.
J’ai ensuite rejoint l’équipe Neuro-Dol, spécialisée dans les douleurs trigéminales et les migraines, dirigée par le professeur Radhouane Dallel à Clermont-Ferrand. J’y ai étudié le rôle des canaux Kir4.1 astrocytaires dans la douleur chronique. Cette expérience a été une révélation, car c’est à ce moment-là que j’ai développé mon intérêt pour les cellules gliales. Après avoir terminé ma thèse, j’ai travaillé pendant six mois comme ingénieure de recherche dans le même laboratoire afin de finaliser mon article de thèse.
Enfin, de juin 2021 à décembre 2025, j’ai occupé mon premier poste de post-doctorant dans le laboratoire de Stéphane Oliet au Neurocentre Magendie, sous la supervision d’Aude Panatier.
Pourquoi avez-vous décidé de vous installer à Bordeaux pour votre post-doctorat ? Quel est votre domaine de recherche actuel ?
Au cours de la dernière année de mon doctorat, j’ai eu du mal à trouver la motivation nécessaire pour chercher un poste de post-doctorante, probablement en raison d’une fatigue accumulée. Mais ce qui m’a paru le plus difficile, c’était la perspective de déménager seule et de laisser mon compagnon dans une autre ville. Heureusement, Aude Panatier faisait partie de mon comité de thèse. Après ma soutenance, elle m’a proposé de rejoindre son équipe, une opportunité précieuse qui m’a permis de concilier la distance personnelle avec l’excellence scientifique des recherches menées à Bordeaux, en particulier sur les interactions neurones-glies. J’ai alors dirigé un projet visant à étudier le rôle des récepteurs mGluR5 astrocytaires dans la transmission synaptique, la plasticité synaptique et la mémoire.
Pensez-vous que nous, les femmes, avons des méthodes de supervision ou des styles de leadership différents de ceux des hommes ? Quel type de supervision vous a été le plus bénéfique ?
Je pense que les styles de supervision sont davantage influencés par la personnalité individuelle que par le genre, mais certaines tendances peuvent tout de même être observées. J’ai remarqué que les femmes, peut-être parce qu’elles ressentent souvent une pression supplémentaire pour faire leurs preuves dans des environnements où les inégalités persistent, ont tendance à adopter un style de supervision très engagé, exigeant, mais profondément solidaire. Elles ont souvent un fort désir de répondre aux attentes sur tous les fronts, ce qui peut se traduire par une grande attention, une grande rigueur et un grand soin envers les jeunes chercheurs. Personnellement, j’ai tiré le plus grand bénéfice d’une supervision fondée sur la confiance, l’encouragement et une communication ouverte, qu’elle vienne de femmes ou d’hommes. Je n’aime pas être trop surveillée ou étroitement supervisée ; je préfère qu’on me fasse confiance et que mes idées et réflexions soient prises en considération. Cela me permet avant tout d’être reconnue et valorisée en tant que chercheuse plutôt que simple étudiante.
Selon vous, comment le style de mentorat influence-t-il l’épanouissement professionnel des femmes ? Pensez-vous qu’il existe des préjugés implicites qui influencent la manière dont les femmes sont encadrées ou évaluées dans le milieu universitaire ?
Le style de mentorat joue un rôle crucial dans le développement professionnel des femmes en renforçant leur confiance et en créant des opportunités. Bien que des préjugés implicites persistent, je me suis personnellement sentie quelque peu à l’abri de leur impact. Tout au long de mon parcours universitaire, j’ai eu la chance de rencontrer des mentors masculins qui m’ont toujours apporté leur soutien et leurs conseils, et qui m’ont aidée sans relâche à construire mon avenir. Par exemple, mon directeur de thèse m’a toujours fait confiance et a contribué de manière significative à mon développement. Ces personnes m’ont soutenue, et continuent de le faire, dans l’établissement de mes qualifications universitaires et dans l’orientation de ma carrière. Par conséquent, je n’ai pas personnellement fait l’expérience de disparités de reconnaissance fondées sur le genre. Néanmoins, il reste impératif de lutter contre ces préjugés afin de garantir un mentorat équitable pour tous.
Quels conseils donneriez-vous aux femmes scientifiques en début de carrière, qui sont confrontées à des défis systémiques dans la poursuite de leurs objectifs professionnels ?
Mon conseil est de se constituer un solide réseau de soutien, comprenant des mentors et des pairs qui croient en elles et en leur potentiel. Recherchez des occasions de développer vos compétences et d’exprimer vos idées avec confiance, car votre point de vue est précieux. N’hésitez pas à vous défendre et à fixer des limites qui protègent votre bien-être. N’oubliez pas que les revers font souvent partie du parcours, mais que la résilience et la persévérance sont essentielles.
A propos de Sara Carracedo
Sara Carracedo est docteure en neurosciences et a réalisé son doctorat puis son postdoctorat au sein due l’équipe d’Éric Boué-Grabot et de Marc Landry à l’IMN, où elle a étudié le rôle neuro-immune du récepteur P2X4 dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA).
Dès la première année de sa thèse, elle cofonde Brainstorm Student Journal avec Juan García, une revue étudiante dédiée à la communication scientifique au sein du Neurocampus de Bordeaux. En 2024, en collaboration avec le comité Parité et Inclusion du Neurocampus (NeuroPIC), elle lance Women’s Voices, un projet visant à renforcer la visibilité des jeunes chercheuses et à promouvoir l’égalité femmes-hommes en sciences.
Depuis quelques mois, Sara est Project Lead en Immunothérapies chez BioAZ, une startup bordelaise en santé vétérinaire, où elle coordonne les programmes de R&D pour le développement d’immunothérapies à base de VHH, dédiées à l’amélioration du bien-être animal.
A propos de Women’s voices
Women’s Voices (Voix de femmes) est une série d’entretiens créée par le journal Brainstorm et par le Neurocampus Parity and Inclusion Committee (NeuroPIC), groupe local engagé dans la promotion de l’égalité et l’organisation d’actions visant à combler le fossé entre les femmes et les hommes dans le monde universitaire L’objectif de cette section est d’accroître la visibilité des chercheuses en début de carrière à Bordeaux Neurocampus. Nous interrogeons les chercheuses sur leurs contributions scientifiques, leurs points de vue et leurs opinions sur l’équité, la diversité et les préjugés sexistes dans le monde universitaire. Grâce à ces entretiens, nous souhaitons non seulement mettre en lumière leurs réalisations, mais aussi servir d’inspiration à notre communauté scientifique et à d’autres femmes scientifiques.
Mise à jour: 23/02/26