
Fructose et santé mentale : quand l’intestin parle au cerveau
En collaboration avec des chercheurs de l’institut Micalis (Université Paris-Saclay, INRAE) et avec le CHU de Rouen, une étude portée par des chercheurs et chercheuses de NutriNeuro (Université de Bordeaux, Inrae, Bordeaux INP) met en lumière un nouveau lien entre la malabsorption du fructose, le microbiote intestinal, l’inflammation et les émotions. Leurs résultats viennent d’être publiés dans la revue Brain, Behavior, and Immunity.
Le fructose, présent naturellement dans les fruits mais surtout consommé via les produits transformés sucrés et les boissons industrielles, est mal absorbé chez une grande partie de la population (environ 60% des individus). Cette étude montre que cette malabsorption pourrait influencer l’équilibre émotionnel et la santé cérébrale via le microbiote intestinal.
Chez une cohorte de jeunes hommes en bonne santé, les chercheurs ont observé que les participants présentant une malabsorption du fructose montraient des traits anxieux plus marqués ainsi que des taux sanguins plus élevés de marqueurs inflammatoires (LPS, IL-8, TNFα). Ces effets n’étaient pas liés à une consommation plus importante de fructose, mais à une différence individuelle de capacité d’absorption, suggérant un mécanisme biologique propre.
L’étude révèle également des modifications spécifiques de la composition du microbiote intestinal, indiquant un déséquilibre susceptible d’amplifier l’inflammation et d’altérer la communication intestin-cerveau.
Pour explorer plus en détail les mécanismes sous-jacents, les chercheurs ont utilisé un modèle de souris dépourvu du transporteur intestinal du fructose (GLUT5-KO). Alimentées avec un régime contenant seulement 5% de fructose, ces souris développaient des comportements anxieux et dépressifs, une dysbiose intestinale marquée et une activation anormale des cellules microgliales, traduisant un état de neuroinflammation.
Ces travaux montrent que la malabsorption chronique du fructose pourrait contribuer à des troubles de l’humeur en reliant microbiote intestinal, inflammation et cerveau. Ces données suggèrent également que, même en respectant les recommandations nutritionnelles actuelles, une grande partie de la population pourrait présenter des dérégulations intestinales et cérébrales. Cela rend urgente la réactualisation de ces recommandations, afin de réduire les apports en sucres ajoutés, comme le préconise l’OMS.
Référence
Fructose malabsorption induces dysbiosis and increases anxiety in male human and animal models
Adeline Coursan1, Delphine Polve1,2, Anne-Marie Leroi3,4,5, Magali Monnoye2, Lea Roussin2, Clara Benatar2, Marie-Pierre Tavolacci3,4, Muriel Quillard Muraine3,4,6, Mathilde Maccarone7, Olivia Guérin8, Estelle Houivet8, Charlène Guérin3, Valery Brunel6, Jérôme Bellenger9, Jean-Paul Pais de Barros9,10, Guillaume Gourcerol3,4,5, Laurent Naudon2, Sophie Layé1, Charlotte Madore1, Xavier Fioramonti1,*#, Chloé Melchior3,4,7,*, Véronique Douard2,*#
1Univ. Bordeaux, INRAE, Bordeaux INP, NutriNeuro, UMR 1286, F-33000 Bordeaux, France.
2Université Paris-Saclay, INRAE, AgroParisTech, MICALIS Institute, Jouy-en-Josas, France.
3 Univ Rouen Normandie, INSERM, ADEN UMR1073, Nutrition, Inflammation and microbiota-gut-brain axis.
4CHU Rouen, CIC-CRB 1404, F-76000 Rouen, France.
5CHU Rouen, Physiology Department, F-76000 Rouen, France.
6CHU Rouen, department of General Biochemistry, F-76000 Rouen, France
7CHU Rouen, Department of Gastroenterology, F-76000 Rouen, France
8CHU Rouen department of Biostatistics, F-76000 Rouen, France.
9LipSTIC LabEx, FCS Bourgogne-Franche Comté, Dijon, France.
10 Plateforme DiviOmics, UMS BioSanD 58, Université de Bourgogne, F-21000 Dijon, France.
*: These authors equally contributed to this work
# : Corresponding authors
DOI: 10.1016/j.bbi.2025.106221
Mise à jour: 11/02/26