#

Comment le cerveau s’adapte-t-il face à l’incertitude ?

Source : communiqué du CNRS


Un événement inattendu annonce-t-il un changement durable, ou n’est-il qu’un simple hasard ? Le cerveau doit résoudre en permanence ce dilemme : réviser ses attentes suffisamment vite pour s’adapter aux changements, sans pour autant prendre chaque événement inattendu pour un bouleversement durable. Une étude dirigée par des chercheurs de l’INCIA et de l’institut de génomique fonctionnelle de Montpellier, parue le 13 juillet dans la revue PNAS, met en évidence un circuit cérébral clé impliqué dans cette capacité d’adaptation.

Pour comprendre comment le cerveau arbitre entre ces deux situations, les scientifiques ont d’abord observé des rats confrontés à deux leviers associés à des probabilités différentes d’obtenir une récompense. Soumis à des changements parfois abrupts des probabilités, les rats adaptaient leur vitesse d’apprentissage selon la nature de l’incertitude. Lorsque les récompenses étaient délivrées de façon aléatoire, ils révisaient progressivement leurs attentes ; en revanche, lorsqu’un véritable changement des règles survenait, ils accéléraient leur apprentissage pour s’adapter plus rapidement.

En mesurant en temps réel la libération de noradrénaline dans le cortex orbitofrontal, les scientifiques ont également constaté que ce neurotransmetteur atteignait son pic précisément lors des inversions de règles. Par de la modélisation, les chercheurs ont prédit que si la noradrénaline signale bien un changement dans l’environnement, alors bloquer sa libération devait freiner l’adaptation à l’inversion de règle. Les scientifiques ont alors testé cette hypothèse. Résultat : les rats privés de ce neurotransmetteur peinaient à s’adapter après un changement de règle, tout en restant performants en phase stable.

Réunissant comportement, modélisation, mesure neurochimique et perturbation causale, cette étude éclaire les bases biologiques de la flexibilité comportementale. Si ce mécanisme reste à démontrer chez l’humain, son dysfonctionnement pourrait être impliqué dans plusieurs troubles neuropsychiatriques.

Référence

Orbitofrontal noradrenaline supports adaptive learning-rate adjustment in probabilistic reversal learning.
Hadrien Plat1
, Coline Chevallier2, Alessandro Piccin1, Alain R. Marchand1, Jérémie Naudé2 et Étienne Coutureau1.
PNAS, 13 juillet 2026.
DOI : 10.1073/pnas.2536535123
1 Institut de neurosciences cognitives et intégratives d’Aquitaine (CNRS/Université de Bordeaux)
<sup<2 Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/Inserm/Université de Montpellier).

Contact

Etienne Coutureau
Chercheur CNRS

Publication: 16/07/26
Mise à jour: 16/07/26