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Women’s Voices: Aliya Seelarbokus

Ce mois-ci, dans la rubrique «Women’s voices » (Voix de femmes), Sara Carracedo reçoit Aliya Seelarbokus, doctorante en  deuxième année. Originaire de l’île Maurice, elle mène des recherches à l’INCIA sur les comportements alimentaires de type addictif chez les patients victimes d’un AVC et souffrant d’obésité. Dans cette interview, elle nous fait part de son point de vue sur la question du genre dans le milieu scientifique à travers différents pays, ainsi que sur les opportunités et les défis qui se présentent aux étudiants internationaux en Europe.

Sara Carracedo: Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours universitaire et de ce qui vous a amené à travailler dans le domaine des neurosciences?

Aliya Seelarbokus: Mon parcours universitaire a débuté à Maurice, mon pays natal. Après avoir obtenu mon baccalauréat en 2017, je me suis installée au Royaume-Uni pour commencer ma licence en sciences (BSc) en alimentation et nutrition humaine, sans avoir la moindre idée que je m’orienterais un jour vers le domaine des neurosciences ! Au cours de ma deuxième année à l’université de Newcastle, je me suis particulièrement intéressée au rôle du régime méditerranéen dans l’apparition et la progression de la démence, et j’ai été particulièrement attirée par le vieillissement en bonne santé. Grâce à mon intérêt pour les nouvelles études de recherche sur ce sujet, j’ai décroché un contrat d’un an en tant qu’assistante de recherche au Centre de recherche sur la nutrition humaine et l’exercice physique de l’université de Newcastle. Ce premier poste m’a permis de mettre à profit les connaissances acquises au cours de mes deux premières années d’études et a renforcé mon envie de suivre une carrière universitaire dans le domaine de la nutrition et des neurosciences. En 2022, j’ai poursuivi mon master en nutrition clinique et de santé publique à l’University College London (UCL) et j’ai eu l’occasion de publier ma première revue systématique examinant le rôle du régime méditerranéen chez les patients atteints de la maladie de Parkinson. Sachant que je devais poursuivre un doctorat pour atteindre mes objectifs de carrière, j’ai exploré les possibilités de doctorat en France en raison de mes obligations familiales et j’ai eu la chance d’être sélectionnée par le Graduate Program de Bordeaux Neurocampus ! Je travaille sur la dépendance alimentaire et les comportements alimentaires de type addictif chez les patients victimes d’un AVC et souffrant d’obésité dans l’équipe EcoPsy de Sylvie Berthoz et Igor Sibon.

Vous avez travaillé dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni et en France. Qu’avez-vous appris en évoluant au sein de différents systèmes universitaires à travers l’Europe ?

Lorsque j’ai quitté le Royaume-Uni l’année dernière, j’avais des sentiments mitigés, car j’étais très bien intégrée dans le système éducatif britannique, mais j’étais aussi très enthousiaste à l’idée de découvrir un nouveau pays, un système universitaire différent et une nouvelle culture ! La transition entre le Royaume-Uni et la France s’est faite assez en douceur, car j’ai réalisé que nous sommes tous liés par la recherche, en particulier dans le cadre d’un doctorat où nous sommes constamment à la recherche de collaborations avec des universités internationales. Tout mon travail de doctorat se déroule en anglais et je n’ai donc eu aucun problème de langue, même si le fait de déjà parler français m’a aidée. Je pense que les principales différences entre les deux systèmes éducatifs se situent surtout au niveau du bachelor et du master, car la durée des études au Royaume-Uni et en France est légèrement différente. Par exemple, au Royaume-Uni, mon bachelor a duré 4 ans (avec une année de stage professionnel incluse), tandis que mon master n’a duré qu’un an. En France, j’ai compris qu’une licence (ou équivalent) dure généralement trois ans et qu’un master classique peut aller jusqu’à deux ans. Cependant, les deux systèmes éducatifs convergent vers le même aboutissement : le doctorat est assez similaire dans les différents pays d’Europe, car nous collaborons à l’échelle internationale par le biais de la mobilité, des conférences et des publications.

En quoi la mobilité a-t-elle influencé votre vision du genre et de l’inclusion dans le domaine scientifique ?

Si l’on se réfère au dernier rapport 2025 du ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, on constate encore qu’une majorité des titulaires d’un doctorat sont des hommes et que leurs conditions de travail seraient meilleures que celles des femmes. Toutefois, d’un point de vue personnel, je n’ai rencontré jusqu’à présent aucune difficulté quant à mon intégration dans le milieu scientifique, ni au Royaume-Uni, ni en France. Dans mon laboratoire, je suis convaincue que les femmes se voient offrir des opportunités et que nous bénéficions tous d’un soutien égal, quel que soit notre genre. J’espère donc qu’aucun problème ne viendra entraver la poursuite de mon parcours universitaire.

Avez-vous rencontré des obstacles administratifs ou institutionnels liés à votre statut d’étrangère ? Que pourraient faire les institutions européennes pour mieux soutenir les chercheurs étrangers ?

Non, je n’ai pas rencontré d’obstacles majeurs liés à mon statut d’étudiante étrangère. En fait, lorsque j’étais à l’UCL, plus de la moitié de mes camarades de classe étaient des étudiants étrangers et nous bénéficiions d’un soutien important. Cependant, une fois les études terminées au Royaume-Uni, nous disposons de deux ans pour rester dans le pays grâce à un visa de travail. Au-delà de ces deux ans, il est relativement difficile de trouver un emploi et un financement au Royaume-Uni en tant que candidat étranger.

En Europe, selon le pays où vous postulez, certains doctorats s’adressent principalement aux étudiants nationaux, et les étudiants étrangers doivent payer les frais restants, qui sont très élevés. Cependant, j’ai été grandement soutenue par le Graduate Program de Bordeaux Neurocampus, car ce programme cible et privilégie spécifiquement les candidats étrangers. Le fait d’avoir des programmes spécifiques tant pour les candidats nationaux qu’internationaux contribue à maximiser les opportunités pour tous.

Que diriez-vous aux autres femmes scientifiques qui envisagent la mobilité dans le cadre de leur carrière ?

Soyez prêt à relever le défi avec une détermination sans faille pour atteindre vos objectifs ! La mobilité doit être considérée comme une opportunité passionnante, et chacun devrait en bénéficier, car elle vous aide à vous épanouir tant sur le plan professionnel que personnel !


A propos de Sara Carracedo

Sara Carracedo est docteure en neurosciences et a réalisé son doctorat puis son postdoctorat au sein due l’équipe d’Éric Boué-Grabot et de Marc Landry à l’IMN, où elle a étudié le rôle neuro-immune du récepteur P2X4 dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA).

Dès la première année de sa thèse, elle cofonde Brainstorm Student Journal avec Juan García, une revue étudiante dédiée à la communication scientifique au sein du Neurocampus de Bordeaux. En 2024, en collaboration avec le comité Parité et Inclusion du Neurocampus (NeuroPIC), elle lance Women’s Voices, un projet visant à renforcer la visibilité des jeunes chercheuses et à promouvoir l’égalité femmes-hommes en sciences.

Depuis quelques mois, Sara est Project Lead en Immunothérapies chez BioAZ, une startup bordelaise en santé vétérinaire, où elle coordonne les programmes de R&D pour le développement d’immunothérapies à base de VHH, dédiées à l’amélioration du bien-être animal.

A propos de Women’s voices

Women’s Voices (Voix de femmes) est une série d’entretiens créée par le journal Brainstorm et par le Neurocampus Parity and Inclusion Committee (NeuroPIC),  groupe local engagé dans la promotion de l’égalité et l’organisation d’actions visant à combler le fossé entre les femmes et les hommes dans le monde universitaire L’objectif de cette section est d’accroître la visibilité des chercheuses en début de carrière à Bordeaux Neurocampus. Nous interrogeons les chercheuses sur leurs contributions scientifiques, leurs points de vue et leurs opinions sur l’équité, la diversité et les préjugés sexistes dans le monde universitaire. Grâce à ces entretiens, nous souhaitons non seulement mettre en lumière leurs réalisations, mais aussi servir d’inspiration à notre communauté scientifique et à d’autres femmes scientifiques.

Voir la série d’entretiens

Publication: 12/06/26
Mise à jour: 12/06/26