{"id":131046,"date":"2018-03-02T16:54:56","date_gmt":"2018-03-02T15:54:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/?page_id=131046"},"modified":"2021-02-11T00:16:41","modified_gmt":"2021-02-10T23:16:41","slug":"lhistoire-des-neurosciences-a-bordeaux-fr","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/neuroscience-for-all\/lhistoire-des-neurosciences-a-bordeaux-fr\/","title":{"rendered":"L&#8217;histoire des Neurosciences \u00e0 Bordeaux (fr)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pourquoi les Neurosciences se sont-elles tant d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 Bordeaux ?<\/strong>\u00a0Depuis les ma\u00eetres fondateurs au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle jusqu&#8217;aux neurosciences contemporaines on s\u2019aper\u00e7oit dans le r\u00e9cit publi\u00e9 ci-dessous, tir\u00e9 du Bulletin de l&#8217;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine de 2008, que Bordeaux est v\u00e9ritablement un terreau o\u00f9 il y a toujours eu une recherche clinique exp\u00e9rimentale de qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce texte principalement r\u00e9dig\u00e9 par Michel Le Moal, \u00e0 qui l&#8217;on doit la construction de l&#8217;Institut Fran\u00e7ois Magendie de neurosciences en 1995, ainsi que la cr\u00e9ation du 1er Institut F\u00e9d\u00e9ratif de Recherche neurosciences en France, nous d\u00e9taille par le menu comment ces pionniers bordelais furent les acteurs de la transmission d&#8217;une culture des sciences du cerveau .<\/p>\n<p>*Auteurs: Michel Le Moal (1) avec le concours de Jacques Battin (2), Bernard Bioulac (2) , Marc-Louis Bourgeois (2), Patrick Henry (2), Claude Vital(2) et Jean-Didier Vincent (3)<\/p>\n<div>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>\u00ab L&#8217;art va d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 l&#8217;absolu, d&#8217;un coup d&#8217;aile, la science, elle, se rature sans cesse,<br \/>\nchaque savant montant sur les \u00e9paules de celui qui le pr\u00e9c\u00e8de \u00bb.<br \/>\nVictor Hugo<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Les ma\u00eetres fondateurs<strong><br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p>Dans l&#8217;imaginaire acad\u00e9mique bordelais, il y a toujours une place pour deux enfants du pays qui firent carri\u00e8re \u00e0 Paris.\u00a0En premier lieu, il y a\u00a0<strong>Fran\u00e7ois Magendie<\/strong> (n\u00e9 \u00e0 Bordeaux, Gironde \u00a01783-1855),\u00a0professeur au Coll\u00e8ge de France et mentor de Claude Bernard, exp\u00e9rimentaliste de talent, neurophysiologiste et inspirateur de ce qui va devenir avec son successeur la m\u00e9decine exp\u00e9rimentale. Le premier, il distinguera le r\u00f4le moteur des racines ant\u00e9rieures et le r\u00f4le sensitif des racines post\u00e9rieures ; il d\u00e9couvrira aussi la circulation du liquide c\u00e9phalo-rachidien. C&#8217;est \u00e0 ces titres que l&#8217;Institut INSERM de neurosciences de Bordeaux avait d\u00e9cid\u00e9 de lui donner son nom. En second lieu, il faut citer\u00a0<strong>Paul Broca<\/strong> (Sainte-Foy-la-Grande, Gironde,\u00a01824-1880),\u00a0clinicien et chercheur de g\u00e9nie, grand neurologue, chirurgien hors du commun et neuroanatomiste r\u00e9volutionnaire. Il bouleversera les id\u00e9es acquises dans le diagnostic histologique des tumeurs (voir son <em>Trait\u00e9 des tumeurs<\/em>), et sera le cr\u00e9ateur de la neuropsychologie, en 1861, date fondatrice pour les sciences du cerveau par la d\u00e9couverte d&#8217;un centre cortical du langage et la description de l&#8217;aphasie motrice. Sa description du \u00ab grand lobe limbique \u00bb qui porte son nom contribuera \u00e0 jeter les bases d&#8217;une neuropsychologie des \u00e9motions. Il fondera l&#8217;\u00e9cole anthropologique de Paris.<br \/>\nL&#8217;\u00c9cole de M\u00e9decine de Bordeaux, devenue Facult\u00e9 en 1878, a accueilli au cours du XIXe si\u00e8cle plusieurs grands cliniciens qui ouvrirent la voie des recherches sur le cerveau. Le directeur de l&#8217;\u00c9cole de M\u00e9decine <strong>Elie Gintrac<\/strong> (1791-1877), professeur de Clinique interne, remporte en 1843 le prix de l&#8217;Acad\u00e9mie Royale de M\u00e9decine pour son m\u00e9moire \u00ab <em>De l&#8217;influence de l&#8217;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en r\u00e9sultent et les moyens de les gu\u00e9rir<\/em> \u00bb. Neuropsychiatre avant la lettre, il \u00e9tudie avec les connaissances de l&#8217;\u00e9poque si peu d\u00e9velopp\u00e9es au plan biologique, des affections aussi vari\u00e9es que les n\u00e9vralgies, les chor\u00e9es, l&#8217;\u00e9pilepsie, la manie, l&#8217;hyst\u00e9rie ou l&#8217;hypocondrie.<\/p>\n<p>Plus tard, <strong>Eug\u00e8ne Azam<\/strong> (1822-1899), correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine en 1880, bien que professeur de clinique chirurgicale (1869), s&#8217;int\u00e9ressera pendant plusieurs d\u00e9cennies aux maladies mentales. Membre de la Soci\u00e9t\u00e9 M\u00e9dico-Psychologique en 1857, il occupe une place consid\u00e9rable dans l&#8217;histoire de la psychopathologie dynamique o\u00f9 il fait figure de pionnier. Il introduit l&#8217;hypnose en France \u00e0 partir de l&#8217;\u0153uvre de Braid (1841) tomb\u00e9e dans l&#8217;oubli pour l&#8217;appliquer \u00e0 une malade psychiatrique, F\u00e9lida, observ\u00e9e pendant 32 ans, connue de tous les milieux scientifiques et qui fut en son temps aussi c\u00e9l\u00e8bre en France que le sont encore maintenant certaines malades de Freud (Anna O., Dora, etc.).<br \/>\nLes \u00e9tudes d&#8217;E. Azam sur le magn\u00e9tisme et l&#8217;hypnotisme ont ouvert une voie dans laquelle devaient s&#8217;engager Charcot et ses disciples. Ses recherches sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de l&#8217;hypnotisme et des personnalit\u00e9s multiples marqu\u00e8rent profond\u00e9ment Taine et Ribot. P. Janet a pr\u00e9tendu que les observations d&#8217;E. Azam fournirent les meilleurs arguments utilis\u00e9s en France par les psychologues et psychopathologistes positivistes, auxquels E. Azam consacre un livre pr\u00e9fac\u00e9 par Charcot, contre les \u00e9coles de psychologie philosophique dogmatique (Victor Cousin). En 1907, Janet \u00e9crit \u00ab <em>Sans F\u00e9lida, on n&#8217;aurait sans doute pas cr\u00e9\u00e9 une chaire de Psychologie au Coll\u00e8ge de France<\/em> \u00bb ; cette chaire de \u00ab Psychologie Exp\u00e9rimentale \u00bb fut occup\u00e9e par T. Ribot. F\u00e9lida pr\u00e9sentait, outre diverses manifestations consid\u00e9r\u00e9es comme hyst\u00e9riques, une \u00ab double conscience ou double personnalit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Freud \u00e9galement rendra hommage, en 1912, \u00e0 Azam et \u00e0 ses observations de \u00ab double conscience \u00bb ou comme il pr\u00e9f\u00e9rera le formuler, de \u00ab cette forme de migration de la conscience qui oscille en alternance entre deux complexes psychiques diff\u00e9rents, conscients et inconscients \u00bb. \u00c0 la recherche de concepts physiopathologiques, Azam proposera en 1870 que F\u00e9lida vivait, tant\u00f4t avec le cerveau tout entier, tant\u00f4t avec un h\u00e9misph\u00e8re incomplet, le droit, o\u00f9 manque la facult\u00e9 de m\u00e9moire ; plus tard, en 1878, il sugg\u00e9rera le concept de m\u00e9moire diss\u00e9min\u00e9e dans les diff\u00e9rentes parties du cerveau. Ces r\u00e9flexions avaient des connotations \u00e9trangement modernes. Ses publications aux titres \u00e9vocateurs furent nombreuses et remarqu\u00e9es, dont : <em>Sur un fait de double conscience<\/em>, 1879 ; <em>Double conscience, \u00e9tat actuel de F\u00e9lida<\/em>, 1883 ; <em>Hypnotisme, double conscience<\/em>, 1887 ; <em>Le caract\u00e8re dans la sant\u00e9 et dans la maladie<\/em>, 1887 ; <em>Entre la raison et la folie des toqu\u00e9s<\/em>, 1891. Elles inspir\u00e8rent plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de neuropsychiatres.<br \/>\nLa seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle est marqu\u00e9e par deux ma\u00eetres exceptionnels qui vont consacrer l&#8217;\u00e9cole bordelaise de neuropsychiatrie : Pitres et R\u00e9gis.<\/p>\n<p><strong>Albert Pitres<\/strong> (1848-1928), interne de Bordeaux chez Elie Gintrac, puis de Paris en 1872, va travailler dans les laboratoires du physiologiste J. Marey et de l&#8217;histologiste Ranvier au Coll\u00e8ge de France. Il devient un proche collaborateur et l&#8217;ami de J.M. Charcot \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re, o\u00f9 se trouvent alors Babinski, Gilles de la Tourette, et Pierre Marie ; le jeune Freud viendra plus tard. Pitres et Charcot poursuivront l&#8217;\u00e9tude des localisations c\u00e9r\u00e9brales, initi\u00e9e par Broca, notamment par des coupes s\u00e9ri\u00e9es du cerveau, dites coupes de Pitres. Sa th\u00e8se, en 1877, sera consacr\u00e9e aux l\u00e9sions du centre ovale. Devenu agr\u00e9g\u00e9 de m\u00e9decine, il revient \u00e0 Bordeaux en 1878. Il y devient professeur d&#8217;anatomie g\u00e9n\u00e9rale et d&#8217;histologie, puis en 1880 professeur de clinique interne. Les deux tomes de son ouvrage <em>Le\u00e7ons cliniques sur l&#8217;hyst\u00e9rie et l&#8217;hypnotisme<\/em> (Doin, 1891) ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e8bres, comme l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 ses publications sur l&#8217;aphasie amn\u00e9sique. Son \u0153uvre est essentiellement neurologique : \u00e0 partir de l&#8217;\u00e9tude anatomo-clinique de 108 patients, il publia avec Charcot de nombreuses \u00e9tudes sur les localisations motrices dans l&#8217;\u00e9corce des h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux dont \u00ab Les centres moteurs corticaux chez l&#8217;homme \u00bb, (1895), \u00ab Les Localisations fonctionnelles de la capsule interne \u00bb puis \u00ab Les Ost\u00e9opathies du tab\u00e8s \u00bb avec Jean Abadie, \u00ab L&#8217;\u00c9pilepsie \u00bb (chez Vigot en 1913), \u00ab Les Polyn\u00e9vrites \u00bb, \u00ab les membres fant\u00f4mes des amput\u00e9s \u00bb, et \u00ab les obsessions et les impulsions \u00bb avec R\u00e9gis, chez Doin, (1912).<br \/>\nSes travaux sur les d\u00e9fauts du langage oral et \u00e9crit, dont l&#8217;agraphie motrice pure (1884) et l&#8217;aphasie des polyglottes (1895), en font un r\u00e9f\u00e9rent en aphasiologie, et sont encore cit\u00e9s dans les revues anglo-saxonnes comme exemples de ces m\u00e9moires partielles, modulaires, dirait-on aujourd&#8217;hui car ayant des localisations c\u00e9r\u00e9brales sp\u00e9cifiques. Il \u00e9tait un chef d&#8217;Ecole admir\u00e9 et aim\u00e9. Il fut doyen pendant vingt ans et un remarquable organisateur. Pitres \u00e9tait correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie des Sciences Morales et Politiques et associ\u00e9 de l&#8217;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine depuis 1898.<\/p>\n<p><strong>Emmanuel R\u00e9gis<\/strong> (1855-1918) peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;autre fondateur de l&#8217;\u00e9cole neuropsychiatrique bordelaise. Il commence ses \u00e9tudes \u00e0 Paris, o\u00f9 il est interne, puis chef de clinique de Benjamin Ball \u00e0 Sainte Anne dans la premi\u00e8re chaire de psychiatrie cr\u00e9\u00e9e en France. Il consacre sa th\u00e8se \u00e0 la \u00ab folie \u00e0 deux \u00bb, d\u00e9crite par J. Falret en 1877. Il vient \u00e0 Bordeaux en 1882 et \u00e0 la demande de Pitres d\u00e9bute un cours de m\u00e9decine mentale qui sera officialis\u00e9 en 1893. Il sera nomm\u00e9 Professeur en 1905, puis titulaire de la chaire de clinique des maladies mentales en 1913. Son <em>Manuel pratique de m\u00e9decine mentale<\/em> (1885) deviendra au fil des \u00e9ditions successives le volumineux <em>Pr\u00e9cis de Psychiatrie<\/em> et pendant trente ans l&#8217;ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence pour la psychiatrie en France. Son \u0153uvre psychiatrique est tr\u00e8s importante et diversifi\u00e9e. Ses connaissances et champs d&#8217;int\u00e9r\u00eats \u00e9taient vastes. R\u00e9gis s&#8217;est attach\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer l&#8217;\u00e9tiologie syphilitique de la paralysie g\u00e9n\u00e9rale. Adoptant le mod\u00e8le kraepelinien de la psychose maniaco-d\u00e9pressive, il d\u00e9fend une conception exclusivement bipolaire. Il \u00e9tudie les m\u00e9canismes de ce que l&#8217;on appelait alors la d\u00e9mence pr\u00e9coce. En 1894, il proposera le terme d&#8217;onirisme pour rendre compte des \u00e9tats hallucinatoires aigus, dont la confusion mentale. Il participera \u00e0 la premi\u00e8re mise en place de classes sp\u00e9ciales pour enfants retard\u00e9s ou anormaux. Il fut \u00e0 la fois ouvert et r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de la doctrine freudienne.<br \/>\nLes premi\u00e8res conf\u00e9rences et les premiers articles sur la psychanalyse en France sont dus \u00e0 <strong>R\u00e9gis <\/strong>et <strong>Hesnard<\/strong> (1913). Ce dernier \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, au d\u00e9but du 20e si\u00e8cle, comme le plus grand sp\u00e9cialiste fran\u00e7ais de \u00ab psychologie morbide \u00bb et de \u00ab psychologie criminologique \u00bb. Il ouvrit le premier service de psychiatrie \u00e0 l&#8217;H\u00f4pital Saint-Andr\u00e9, en 1902, avec deux pavillons. Il sut en effet int\u00e9grer la psychiatrie \u00e0 la m\u00e9decine en montrant que des alt\u00e9rations de la raison pouvaient succ\u00e9der \u00e0 des accidents, des intoxications, des infections et en insistant sur le fait que la psychiatrie ne se r\u00e9sumait pas \u00e0 la pathologie asilaire. Ces le\u00e7ons furent bien retenues par l&#8217;un de ses successeurs, Paul Delmas-Marsalet. Sa notori\u00e9t\u00e9 fut immense. Egas Moniz, futur Prix Nobel de M\u00e9decine pour l&#8217;art\u00e9riographie c\u00e9r\u00e9brale et la lobotomie pr\u00e9frontale, \u00e9tait son visiteur r\u00e9gulier et ami. Ses le\u00e7ons de psychiatrie, tr\u00e8s courues, attiraient m\u00e9decins, magistrats, avocats, philosophes et personnalit\u00e9s cultiv\u00e9es. Ainsi Saint-John Perse, \u00e9tudiant en droit, et Victor Segalen, qui allait devenir M\u00e9decin de la Marine, ont assist\u00e9 \u00e0 ses cours. Ce dernier, externe dans son service, consacra sa th\u00e8se aux manifestations psychiatriques d\u00e9crites dans la litt\u00e9rature. E. R\u00e9gis \u00e9tait correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie Nationale de M\u00e9decine.<\/p>\n<h2>Le XXe si\u00e8cle : neuropsychiatrie et sciences du cerveau<\/h2>\n<h3>Les pr\u00e9curseurs<\/h3>\n<p><strong>Jean Abadie<\/strong> (1873-1946) fut l&#8217;agr\u00e9g\u00e9 de Pitres et titulaire de la chaire de clinique des maladies mentales \u00e0 partir de 1919.\u00a0Il fut, selon Jean Lhermitte qui pronon\u00e7a son \u00e9loge \u00e0 l&#8217;Acad\u00e9mie de m\u00e9decine, l&#8217;un des plus brillants et illustres repr\u00e9sentants de la neurologie fran\u00e7aise, dont la carri\u00e8re fut toute d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 la recherche clinique. Il \u00e9tait soucieux de pr\u00e9ciser le diagnostic topographique d&#8217;une l\u00e9sion comme de d\u00e9finir quelque anomalie mentale ou quelque aberration de l&#8217;esprit. Dans la tradition de ses pr\u00e9curseurs, il s&#8217;attachera \u00e0 ne jamais dissocier la neuropsychiatrie de la m\u00e9decine interne et de la pens\u00e9e m\u00e9dicale. Il poursuivit l&#8217;\u00e9tude des localisations c\u00e9r\u00e9brales et en particulier la syst\u00e9matisation de la capsule interne, il travailla sur les arthropathies tab\u00e9tiques, la scl\u00e9rose en plaque, la poliomy\u00e9lite, les h\u00e9morragies m\u00e9ning\u00e9es, l&#8217;enc\u00e9phalite end\u00e9mique. Il \u00e9tudia la r\u00e9flectivit\u00e9 cutan\u00e9e et les troubles de la sensibilit\u00e9. Apr\u00e8s la p\u00e9riode de l&#8217;hyst\u00e9rie, qui concernait surtout les femmes, il s&#8217;int\u00e9ressa aux constitutions mentales et en particulier \u00e0 l&#8217;hypocondrie qui concerne surtout les hommes. Son apport majeur fut de fonder l&#8217;\u00e9pileptologie en clarifiant la clinique et l&#8217;\u00e9tiologie, en soulignant l&#8217;importance des traumatismes obst\u00e9tricaux, des confusions cr\u00e2nio-c\u00e9r\u00e9brales de l&#8217;enfant, de l&#8217;alcoolisme et de la syphilis parentale. Il sera suivi en cela, plus tard, par P. Loiseau. Il \u00e9tait correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie Nationale de M\u00e9decine.<br \/>\nEnfin, en transition avec le XXe si\u00e8cle, nous voudrions rappeler l&#8217;apport de deux autres grands noms de la neurologie bordelaise : Henri Verger et Ren\u00e9 Cruchet.<\/p>\n<p><strong>Henri Verger<\/strong> (1873-1930) avait \u00e9t\u00e9 chef de clinique chez Albert Pitres. Il devint agr\u00e9g\u00e9 de m\u00e9decine interne et de m\u00e9decine l\u00e9gale, puis professeur de clinique m\u00e9dicale. Il laisse le souvenir d&#8217;un ma\u00eetre en neurologie par ses travaux de recherches exp\u00e9rimentales et cliniques sur les h\u00e9mianesth\u00e9sies, sur le syndrome pari\u00e9tal, les st\u00e9r\u00e9oagnosies des polyn\u00e9vrites (avec J. Abadie), les n\u00e9vralgies (avec A. Pitres), dont l&#8217;observation princeps de 1909 avec une alcoolisation pour n\u00e9vralgie faciale.<\/p>\n<p>Avec <strong>Ren\u00e9 Cruchet<\/strong>, il \u00e9tudia les s\u00e9quelles parkinsoniennes de l&#8217;enc\u00e9phalite, dont le syndrome bradykin\u00e9tique, et l&#8217;origine nucl\u00e9aire de la paralysie faciale a frigore. Il fut l&#8217;auteur d&#8217;un <em>Pr\u00e9cis des maladies du syst\u00e8me nerveux<\/em>.<br \/>\nRen\u00e9 Cruchet (1875-1959) fut titulaire de la chaire de Pathologie et Th\u00e9rapeutique (fig. 3) puis en 1923 de la Clinique M\u00e9dicale des maladies des Enfants. Il laissera son nom \u00e0 l&#8217;enc\u00e9phalite \u00e9pid\u00e9mique \u00ab l&#8217;enc\u00e9phalomy\u00e9lite diffuse aux formes cliniques polymorphes \u00bb, qu&#8217;il d\u00e9crit dans les arm\u00e9es durant la premi\u00e8re guerre mondiale.<br \/>\nVon Economo faisait de m\u00eame dans les arm\u00e9es allemandes (l&#8217;enc\u00e9phalite l\u00e9thargique), d&#8217;o\u00f9 le nom consacr\u00e9 de maladie d&#8217;Economo-Cruchet. Malgr\u00e9 sa disparition vers 1925, cette maladie suscita des int\u00e9r\u00eats passionn\u00e9s, des travaux innombrables et marqua la neurologie en raison de ses manifestations retard\u00e9es, bouleversant de nombreux chapitres de la neurologie et de la psychiatrie, des syndromes rares devenant plus fr\u00e9quents, d&#8217;autres r\u00e9put\u00e9s pithiatiques acqu\u00e9rant une organicit\u00e9. R. Cruchet s&#8217;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 rendu c\u00e9l\u00e8bre par son \u00ab Trait\u00e9 des Torticolis spasmodiques \u00bb de 1907.<br \/>\nAvec H. Verger et avec la collaboration de D. Anglade et A. Hesnard, alors professeur \u00e0 l&#8217;Ecole de M\u00e9decine Navale, il publie \u00ab Les \u00e9tats parkinsoniens et le syndrome bradykin\u00e9tique \u00bb, s\u00e9quelles de l&#8217;\u00e9pid\u00e9mie (Bailli\u00e8re, 1925) qui fera date, avec son article dans le Lancet de la m\u00eame ann\u00e9e. Il publiera un Manuel de Neurologie en 1945. Il faut noter qu&#8217;\u00e0 sa retraite, il publie en 1943 \u00ab De la m\u00e9thode en m\u00e9decine \u00bb d&#8217;apr\u00e8s sa th\u00e8se de Doctorat \u00e8s Lettres, soutenue cette m\u00eame ann\u00e9e ; une seconde \u00e9dition sera publi\u00e9e aux PUF en 1951.<\/p>\n<p>Une synth\u00e8se clinique et scientifique : l&#8217;influence consid\u00e9rable de <strong>Paul Delmas-Marsalet<\/strong> (1898-1977)<br \/>\nInterne en 1922, puis chef de clinique d&#8217;Henri Verger, il est aussi pr\u00e9parateur dans le laboratoire de Victor Pachon (1867-1939, qui fit sa th\u00e8se sur le r\u00f4le du cerveau dans la respiration) et passe en 1925 une th\u00e8se fort remarqu\u00e9e sur\u00ab les fonctions motrices du noyau caud\u00e9 chez le chien \u00bb. Il mena pendant plusieurs d\u00e9cennies une carri\u00e8re de neuropsychiatre clinicien et d&#8217;exp\u00e9rimentateur du syst\u00e8me nerveux. En 1941 il succ\u00e8de \u00e0 son ma\u00eetre Jean Abadie et devient professeur de clinique des maladies nerveuses et mentales. Il est couramment rapport\u00e9 que telle \u00e9tait sa culture m\u00e9dicale et scientifique qu&#8217;il aurait pu concourir \u00e0 pratiquement toutes les agr\u00e9gations.<\/p>\n<p>Paul Delmas-Marsalet a pass\u00e9 sa vie \u00e0 exp\u00e9rimenter, \u00e0 rechercher, \u00e0 tester des hypoth\u00e8ses, toujours \u00e0 la charni\u00e8re entre le fondamental et la clinique, au meilleur sens d&#8217;une tradition fran\u00e7aise de m\u00e9decine exp\u00e9rimentale. En 1935, toujours en avance, il publie dans la Revue Neurologique une mise au point qui devient un classique : \u00ab Essais de chirurgie physiologique dans le parkinsonisme \u00bb ; dans les ann\u00e9es 1960 il r\u00e9dige deux ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence : un pr\u00e9cis de Neurophysiologie et un pr\u00e9cis de Neurologie. Ses le\u00e7ons cliniques attiraient les foules, \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;un H. Bergson au Coll\u00e8ge de France, dont il \u00e9tait d&#8217;ailleurs intellectuellement proche. Servi par un don oratoire rare et dot\u00e9 d&#8217;un charisme exceptionnel, il envo\u00fbtait et savait replacer les faits cliniques les plus complexes, psychiatrique ou neurologique, dans des perspectives scientifiques et culturelles plus vastes.<br \/>\nDe ses exp\u00e9riences nord-am\u00e9ricaines il revint confort\u00e9 dans sa vision d&#8217;une neuropsychiatrie acad\u00e9mique int\u00e9gr\u00e9e. Il con\u00e7ut, et r\u00e9alisa selon ses plans et sur le mode de certains instituts am\u00e9ricains, un h\u00f4pital neuropsychiatrique, le Centre Jean Abadie, inaugur\u00e9 en 1956. Les collectivit\u00e9s locales et territoriales pr\u00e9sid\u00e9es par Jacques Chaban-Delmas en avaient assur\u00e9 le financement. Cet h\u00f4pital, d&#8217;un concept nouveau, fut le premier du genre construit en France. B\u00e2ti sur quatre \u00e9tages, il regroupait les services de Neurologie, Neurochirurgie, Psychiatrie, tous les laboratoires sp\u00e9cialis\u00e9s au rez-de-chauss\u00e9e et\u2026 au sous-sol des laboratoires de recherche avec animalerie.<\/p>\n<p>La cohabitation de ces derni\u00e8res avec le syst\u00e8me de soin s&#8217;av\u00e9ra en pratique impossible. Paul Delmas-Marsalet supervisait deux services de Psychiatrie, celui des femmes dirig\u00e9 par Michel Bergouignan, celui des hommes dirig\u00e9 par Marc Blanc et un service de neurologie dirig\u00e9 par Louis Arn\u00e9 et Jean Julien. Tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise, simple et direct dans les rapports humains (il vouait une v\u00e9ritable d\u00e9votion pour Saint Vincent de Paul, aum\u00f4nier des gal\u00e9riens, lui aussi n\u00e9 \u00e0 Dax), il recevait et conseillait les jeunes \u00e9tudiants, sans barri\u00e8re hi\u00e9rarchique, dans des entretiens o\u00f9 l&#8217;heure ne comptait plus. Il a ainsi marqu\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, suscit\u00e9 et guid\u00e9 des vocations fort diverses, reflets de ses multiples int\u00e9r\u00eats. Il \u00e9tait tr\u00e8s marqu\u00e9 par les id\u00e9es de Hughlings Jackson qui ont inspir\u00e9 grand nombre de chercheurs et de neuropsychiatres, et en France Henri Ey et Jean Rouart avec l&#8217;organodynamisme.<\/p>\n<p>Paul Delmas-Marsalet avait beaucoup observ\u00e9 les effets de la sismoth\u00e9rapie. Il avait invent\u00e9, entre mille choses, un appareil \u00e0 \u00e9lectrochoc et con\u00e7u la th\u00e9orie de la dissolution-reconstruction qu&#8217;il publia dans un ouvrage de 1943, proche \u00e9galement des travaux de Kurt Goldstein. Georges Canguilhem, dans<em> Le Normal et le pathologique<\/em> (\u00e9dition 1966, p. 125), interpr\u00e9tant les \u00e9crits et la pens\u00e9e de P. Delmas-Marsalet, note : &#8220;<em>Ce sont encore les id\u00e9es de Jackson qui ont guid\u00e9 Delmas-Marsalet dans l&#8217;interpr\u00e9tation des r\u00e9sultats obtenus en th\u00e9rapeutique neuropsychiatrique par l&#8217;emploi de l&#8217;\u00e9lectrochoc. Mais non content de distinguer avec Jackson des troubles n\u00e9gatifs par d\u00e9ficit et des troubles positifs par lib\u00e9ration des parties restantes, Delmas-Marsalet, comme Ey et Rouart, insiste sur ce que la maladie fait appara\u00eetre d&#8217;anormal, c&#8217;est-\u00e0-dire exactement de nouveau.&#8221;<\/em><\/p>\n<p>Dans un cerveau soumis \u00e0 des effets toxiques, traumatiques, infectieux, des modifications consistant en liaisons nouvelles de territoire \u00e0 territoire, en orientations dynamiques diff\u00e9rentes, peuvent appara\u00eetre. Un tout cellulaire, quantitativement inchang\u00e9, est capable d&#8217;un agencement nouveau, de liaisons diff\u00e9rentes de \u00ab type isom\u00e9rique \u00bb, comme en chimie des isom\u00e8res sont des compos\u00e9s \u00e0 formule globale identique, mais dont certaines cha\u00eenes sont autrement plac\u00e9es par rapport \u00e0 un noyau commun.<br \/>\nDu point de vue th\u00e9rapeutique, on doit admettre que le coma, obtenu par \u00e9lectrochoc, permet, apr\u00e8s une dissolution des fonctions neuropsychiques, une reconstruction qui n&#8217;est pas n\u00e9cessairement la r\u00e9apparition invers\u00e9e des \u00e9tapes de la dissolution pr\u00e9alable. La gu\u00e9rison peut s&#8217;interpr\u00e9ter aussi bien comme une mutation d&#8217;un agencement en un autre que comme une restitution de l&#8217;\u00e9tat initial. Si l&#8217;on indique ces conceptions toutes r\u00e9centes, c&#8217;est pour montrer \u00e0 quel point l&#8217;id\u00e9e que le pathologique ne se d\u00e9duit pas lin\u00e9airement du normal, tend \u00e0 s&#8217;imposer.<br \/>\nTel qui r\u00e9pugnerait au langage et \u00e0 la mani\u00e8re de Goldstein, acquiescera aux conclusions de Delmas-Marsalet, en raison pr\u00e9cis\u00e9ment de ce que nous consid\u00e9rons personnellement comme leur faiblesse, savoir le vocabulaire et les images d&#8217;atomisme psychologique (\u00e9difice, moellons, agencements, architecture, etc.) qu&#8217;elles utilisent pour se formuler. Mais, en d\u00e9pit du langage, la probit\u00e9 clinique \u00e9tablit des faits qui valent d&#8217;\u00eatre retenus \u00bb.<\/p>\n<p>Paul Delmas-Marsalet a laiss\u00e9 une \u0153uvre neurologique, psychiatrique, neurophysiologique consid\u00e9rable. Outre les collaborateurs directs mentionn\u00e9s ci-dessus, une pl\u00e9iade de jeunes qui auront travaill\u00e9 avec lui, ou l&#8217;auront rencontr\u00e9, (M. Bourgeois, P. Henry, Cl. Vital, J.D. Vincent, le futur p\u00e9diatre J. Battin ; et M. Le Moal) en sortiront marqu\u00e9s. Paul Delmas-Marsalet fut ce passeur vers les neurosciences cliniques et exp\u00e9rimentales modernes (fig. 4), un lien et un pr\u00e9curseur, un visionnaire, \u00e0 partir de qui nous avons tous, tout naturellement, fait na\u00eetre \u00e0 Bordeaux cette nouvelle science qui se constituait aux Etats-Unis. Il \u00e9tait Membre correspondant de l&#8217;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine.<\/p>\n<h2>Naissance des neurosciences modernes<\/h2>\n<h3>Les neurosciences cliniques<\/h3>\n<p><strong>Michel Bergouignan<\/strong> (1907-1970) allait lui aussi honorer cette chaire de neuropsychiatrie si prestigieuse par la succession des illustres ma\u00eetres qui l&#8217;avaient dirig\u00e9e depuis le d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Ses coll\u00e8gues, pour beaucoup \u00e9l\u00e8ves de Paul Delmas-Marsalet, ses collaborateurs et ses \u00e9l\u00e8ves vont constituer un faisceau de comp\u00e9tences, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la neurologie et la psychiatrie allaient se s\u00e9parer et o\u00f9 l&#8217;explosion des techniques et des savoirs allait morceler la discipline en champs plus sp\u00e9cialis\u00e9s. M. Bergouignan fut chef de clinique de Jean Abadie, agr\u00e9g\u00e9 de m\u00e9decine en 1946, professeur \u00e0 titre personnel en 1962, et le successeur de Paul Delmas-Marsalet pour une ann\u00e9e seulement. Michel Bergouignan, \u00e0 la personnalit\u00e9 forte, discr\u00e8te et attachante, disparu trop t\u00f4t, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le dernier de la lign\u00e9e des grands neuropsychiatres bordelais.<\/p>\n<p>Ses travaux ont couvert un champ immense, non seulement de la neurologie et de la psychiatrie \u00e0 la m\u00e9decine interne, mais aussi \u00e0 la psychologie m\u00e9dicale et g\u00e9n\u00e9rale. Il enseignait que le psychiatre devait \u00eatre celui qui, dans sa compr\u00e9hension de l&#8217;homme malade, devait veiller \u00e0 tenir en main les deux bouts de la cha\u00eene, des d\u00e9terminants \u00ab organiques \u00bb aux d\u00e9terminants \u00ab psychologiques \u00bb. Son enseignement de psychologie m\u00e9dicale montrait sa connaissance profonde des penseurs comme H. Bergson et M. Merleau-Ponty et des auteurs allemands qu&#8217;il pouvait lire dans le texte (E. Husserl, K. Goldstein). Tr\u00e8s vite, il introduisit les concepts et m\u00e9thodes valorisant la relation m\u00e9decin-malade, les approches psychosomatiques, la dynamique des groupes Balint, les techniques de relaxation.<\/p>\n<p>Promoteur des progr\u00e8s de la psychopharmacologie naissante et de la neurochimie, il tenait n\u00e9anmoins comme indispensables les approches psychoth\u00e9rapeutiques et \u00e9tait ouvert aux m\u00e9thodes inspir\u00e9es de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, voire de la psychanalyse, dont il d\u00e9celait n\u00e9anmoins le \u00ab totalitarisme excessif \u00bb. Il fut l&#8217;un des premiers en France \u00e0 promouvoir les psychoth\u00e9rapies cognitivo-comportementales. Il fut aussi le premier \u00e0 pr\u00e9coniser l&#8217;utilisation d&#8217;un anti\u00e9pileptique (la diph\u00e9nylhydanto\u00efne) dans les n\u00e9vralgies faciales. Ses travaux ont marqu\u00e9 des sujets, tels que les amyotrophies spinales de Kugelberg-Welander, les m\u00e9ningites carcinomateuses, l&#8217;enc\u00e9phalite herp\u00e9tique, les migraines. Il sut orienter et soutenir ses \u00e9l\u00e8ves dans des voies sp\u00e9cifiques et nouvelles.<\/p>\n<p><strong>Marc Blanc<\/strong> (1915-1996), agr\u00e9g\u00e9 en 1955, philosophe d&#8217;origine, deviendra professeur de psychiatrie. Il restera toute sa carri\u00e8re tr\u00e8s proche des sciences humaines et de la ph\u00e9nom\u00e9nologie qu&#8217;il diffusa par son enseignement. Louis Arn\u00e9 (1919-2006), agr\u00e9g\u00e9 en 1974, a su cr\u00e9er \u00e0 partir de la direction de l&#8217;\u00e9cole de kin\u00e9sith\u00e9rapie un grand service de r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle et neurologique o\u00f9 il fut un pionnier r\u00e9put\u00e9 et o\u00f9 la neuropsychologie clinique occupera toute sa place. On lui doit en France l&#8217;int\u00e9gration de cette discipline dans le champ de la r\u00e9\u00e9ducation fonctionnelle.<\/p>\n<p><strong>Pierre Loiseau<\/strong> (1926-2004), alors qu&#8217;il \u00e9tait chef de clinique, fut tr\u00e8s marqu\u00e9, lui aussi, par la personnalit\u00e9 de M. Bergouignan. Parall\u00e8lement il s&#8217;initiait \u00e0 l&#8217;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie, sous la direction de Jacques Faure, formation qu&#8217;il compl\u00e9ta \u00e0 la Salp\u00eatri\u00e8re aupr\u00e8s d&#8217;Antoine R\u00e9mond. Son go\u00fbt pour l&#8217;exercice clinique et sa ma\u00eetrise in\u00e9galable de l&#8217;outil \u00e9lectroenc\u00e9phalographique le conduisent \u00e0 s&#8217;orienter vers l&#8217;\u00e9pileptologie. Il devint agr\u00e9g\u00e9 en 1961. Il s&#8217;\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 cette charge aupr\u00e8s de ses ma\u00eetres bordelais et \u00e0 Paris aupr\u00e8s de Paul Castaigne qui l&#8217;adopta et qu&#8217;il consid\u00e9ra comme son ma\u00eetre \u00e0 penser et son guide, particuli\u00e8rement apr\u00e8s la mort brutale de Michel Bergouignan (1970), \u00e0 qui il succ\u00e9dera comme professeur titulaire de la chaire de Clinique Neurologique en 1971. Il devint l&#8217;un des membres actifs de l&#8217;EpiClub, puis de la Ligue fran\u00e7aise contre l&#8217;\u00e9pilepsie. Il devint un ma\u00eetre, de renomm\u00e9e internationale dans la discipline, avec des travaux \u00e9lectro-cliniques, pharmacologiques, \u00e9pid\u00e9miologiques, refl\u00e9t\u00e9s dans son ouvrage \u00ab Les Epilepsies \u00bb avec P. Jallon, et ses six \u00e9ditions successives. Il individualisa l&#8217;\u00e9pilepsie \u00e0 paroxysme rolandiques, le syndrome des crises isol\u00e9es de l&#8217;adolescence ; son rapport sur les fronti\u00e8res du Petit Mal est un classique. Jusqu&#8217;en 1980, il a contribu\u00e9 \u00e0 optimiser l&#8217;utilisation de toutes les m\u00e9dications en usage, tout en d\u00e9finissant l&#8217;approche syndromique du choix d&#8217;un m\u00e9dicament. Puis il fut un pionnier dans l&#8217;aventure de ce que l&#8217;on a appel\u00e9 les nouveaux anti-\u00e9pileptiques, r\u00e9alisant pour chacun des \u00e9tudes pivot. Parall\u00e8lement, il mettait en place avec A. Rougier l&#8217;un des premiers centres fran\u00e7ais de chirurgie de l&#8217;\u00e9pilepsie. Les recherches \u00e9pid\u00e9miologiques men\u00e9es sous son autorit\u00e9 sont des r\u00e9f\u00e9rences, en particulier l&#8217;\u00e9tude Carole sur 2000 patients avec 243 neurologues fran\u00e7ais. Au total, il explorera les champs les plus divers de la Neurologie : l&#8217;enc\u00e9phalite aigu\u00eb n\u00e9crosante, la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l&#8217;adr\u00e9no-leucodystrophie, les polyradiculon\u00e9vrites \u00e0 rechutes, les neuropathies de la sarco\u00efdose, de la maladie de Waldenstr\u00f6m, etc. La revue Epilepsies (revue de la Ligue Fran\u00e7aise et des Ligues Francophones contre l&#8217;Epilepsie) lui rendra un vibrant hommage en 2005 (vol. 17, janvier-mars 2005).<\/p>\n<p>La neuropsychiatrie de l&#8217;enfant et la neurop\u00e9diatrie allaient se d\u00e9velopper sous l&#8217;impulsion de <strong>Pierre Verger<\/strong> (1908-1990), fils d&#8217;Henri Verger. Il avait soutenu sa th\u00e8se dans le service de Paul Delmas-Marsalet sur le syndrome de G\u00e9lineau ou narcolepsie-cataplexie. Il devient chef de clinique dans le service de Ren\u00e9 Cruchet tout en continuant de collaborer avec Michel Bergouignan. Agr\u00e9g\u00e9 de P\u00e9diatrie en 1948, il devint professeur de clinique des maladies des enfants en 1967. Lui aussi avait particip\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudes exp\u00e9rimentales chez le chien concernant le r\u00f4le des corps stri\u00e9s dans l&#8217;\u00e9quilibre et les fonctions des noyaux caud\u00e9 et lenticulaire sous l&#8217;autorit\u00e9 de P. Delmas-Marsalet. Il a publi\u00e9 de nombreux articles sur les microc\u00e9phalies, les hydroc\u00e9phalies, les formes interm\u00e9diaires des amyotrophies neurog\u00e8nes, les spasmes en flexion et le petit mal. Il a organis\u00e9 un centre d&#8217;action m\u00e9dicale pr\u00e9coce prenant en charge les infirmit\u00e9s motrices c\u00e9r\u00e9brales. La p\u00e9do-psychiatrie, apr\u00e8s un temps marqu\u00e9 par la pr\u00e9\u00e9minence de la psychanalyse, a retrouv\u00e9 son mod\u00e8le m\u00e9dical avec des jeunes cliniciens fr\u00e9quentant les laboratoires de Neurosciences.<\/p>\n<h3>Naissance des Neurosciences exp\u00e9rimentales<\/h3>\n<p>Les m\u00e9thodes et techniques d&#8217;exploration du syst\u00e8me nerveux vont se perfectionner et dans les ann\u00e9es 1950, tr\u00e8s grossi\u00e8rement, trois grands modes d&#8217;approche vont b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;avanc\u00e9es significatives : la neuro-anatomie avec de nouvelles techniques de coloration, de marquage mol\u00e9culaire et la microscopie \u00e9lectronique, la neurophysiologie avec la technologie \u00e9lectronique, les micro\u00e9lectrodes, les approches d&#8217;enregistrement-stimulation profondes et les atlas st\u00e9r\u00e9otaxiques, enfin, les approches fonctionnelles qui b\u00e9n\u00e9ficieront des retomb\u00e9es de la psychologie exp\u00e9rimentale anglo-saxonne et des sciences du comportement ; ici il faut rappeler l&#8217;impact consid\u00e9rable des sciences du comportement d\u00e9riv\u00e9es du behaviorisme ou issues de l&#8217;\u00e9thologie dans le d\u00e9veloppement des neurosciences ; ce r\u00f4le est difficile \u00e0 imaginer aujourd&#8217;hui. Les ann\u00e9es 1950-60 sont marqu\u00e9es par la d\u00e9couverte des transmissions chimiques, des monoamines. Une nouvelle technique (Falk-Hillarp) va permettre de visualiser les neurones en raison de leur contenu et de leur s\u00e9cr\u00e9tion chimique. Cette r\u00e9volution, datant de 1963, en provoquera une autre, la d\u00e9couverte des sites d&#8217;action des mol\u00e9cules psychotropes introduites en psychiatrie dix ann\u00e9es plus t\u00f4t (H. Laborit et l&#8217;Ecole de Sainte Anne avec J. Delay et P. Deniker). Dans la mesure o\u00f9 les psychotropes agissent par l&#8217;interm\u00e9diaire des transmissions neurochimiques, apparaissait pour la premi\u00e8re fois un mod\u00e8le m\u00e9dical pour la psychiatrie et un groupe de disciplines rassembl\u00e9es dans la neuropsychopharmacologie. Rarement hypoth\u00e8se fut aussi productive dans les sciences du vivant. Enfin, une autre discipline allait na\u00eetre en ces ann\u00e9es 1960-70 : la neuroendocrinologie.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble de ces approches et disciplines allaient \u00eatre tr\u00e8s vite repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Bordeaux. Deux laboratoires devaient constituer les bases d&#8217;un d\u00e9veloppement des neurosciences exp\u00e9rimentales. Le premier p\u00f4le fut constitu\u00e9 par Jacques Faure (1912-1986), professeur \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine. Jacques Faure \u00e9tait l&#8217;\u00e9l\u00e8ve de Paul Delmas-Marsalet. Apr\u00e8s l&#8217;agr\u00e9gation en 1953, il devint professeur de m\u00e9decine exp\u00e9rimentale et cr\u00e9a le Service d&#8217;Explorations Fonctionnelles du Syst\u00e8me Nerveux du CHU. Il aura pour \u00e9l\u00e8ve Pierre Loiseau. Il avait \u00e9galement cr\u00e9\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950, \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine, un laboratoire de m\u00e9decine exp\u00e9rimentale. Ce laboratoire sera le premier laboratoire bordelais rattach\u00e9 \u00e0 l&#8217;Institut National d&#8217;Hygi\u00e8ne (pr\u00e9curseur de l&#8217;INSERM). Jacques Faure avait \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 l&#8217;Institut neurologique de Montr\u00e9al o\u00f9 il devint Senior Fellow de l&#8217;Universit\u00e9 Mac Gill. Ce laboratoire \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre mondialement en raison de la pr\u00e9sence de deux grands Ma\u00eetres, W. Penfield (1891-1976) et H. Jasper (1906-1999). J. Faure s&#8217;y perfectionna dans les techniques d&#8217;enregistrement \u00e9lectroenc\u00e9phalographique. Sa th\u00e9matique de recherche a concern\u00e9 les liens entre les syst\u00e8mes neuroendocriniens et les comportements fondamentaux avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour l&#8217;\u00e9quilibre hydro-min\u00e9ral et surtout pour le comportement sexuel. D\u00e8s 1955, il comprend l&#8217;importance des effets des hormones (neuro-hormones) sur les ensembles neuronaux centraux. A ce propos, il est un pr\u00e9curseur dans la mise en exergue des acides amin\u00e9s et plus tard des peptides dans la transmission synaptique. Par ailleurs, cet esprit curieux et original \u00e9tablit des relations fortes entre comportement sexuel et \u00e9tats de vigilance. Au cours d&#8217;enregistrements chroniques chez le lapin, il montre qu&#8217;apr\u00e8s le co\u00eft, le lapin pr\u00e9sente un \u00e9tat tr\u00e8s particulier qu&#8217;il appelle : \u00ab Comportement Olfacto-Bucco-Ano-G\u00e9nital, ou OBAG \u00bb. Il s&#8217;acharnera \u00e0 trouver un support neurobiologique aux \u00ab OBAGs \u00bb par une analyse en multi\u00e9lectrodes et d\u00e9crira le circuit dit \u00ab Rhombenc\u00e9phalo-m\u00e9senc\u00e9phalo-septo-habenulo-hypothalamo-rhinenc\u00e9phalique \u00bb. Il percevait ainsi la mise en jeu globale du syst\u00e8me nerveux dans le\/les comportement\/s.<\/p>\n<p>Cette conception selon laquelle les conduites complexes d\u00e9pendaient de circuits int\u00e9grant plusieurs r\u00e9gions \u00e9tait novatrice. De plus le corr\u00e9lat \u00e9lectrophysiologique de l&#8217;OBAG \u00e9tait isomorphe \u00e0 une phase de sommeil paradoxal. Le Professeur Michel Jouvet (Lyon) rendra plus tard hommage \u00e0 J. Faure pour avoir, en pionnier, d\u00e9crit \u00ab un morceau de sommeil paradoxal \u00bb. Jacques Faure avait un \u00e9l\u00e8ve, \u00e9galement neurophysiologiste, Jean-Didier Vincent qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9galement l&#8217;\u00e9l\u00e8ve de M. Bergouignan. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, J.D. Vincent d\u00e9veloppera cette th\u00e9matique hormones-cerveau et cr\u00e9era la neuroendocrinologie \u00e0 Bordeaux (Unit\u00e9 INSERM) avec la mise en place des nouvelles techniques d&#8217;\u00e9lectrophysiologie et d&#8217;enregistrements unitaires. Jean-Didier Vincent quittera Bordeaux par la suite pour mener une brillante carri\u00e8re \u00e0 Paris (dont la direction du laboratoire CNRS de Gif-sur-Yvette). Ses \u00e9l\u00e8ves poursuivront son \u0153uvre par la cr\u00e9ation de plusieurs laboratoires.<\/p>\n<p>Le second p\u00f4le fut cr\u00e9\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 par Bernard Cardo (1923). Bernard Cardo, philosophe d&#8217;origine, puis psychologue, \u00e9tait l&#8217;\u00e9l\u00e8ve de Jean Ch\u00e2teau, professeur de psychologie \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres et qui y avait implant\u00e9 la psychologie exp\u00e9rimentale avec l&#8217;aide du CNRS. Bernard Cardo \u00e9tait devenu chercheur au CNRS et avait r\u00e9alis\u00e9 sa th\u00e8se d&#8217;Etat \u00e8s Sciences sous le patronage de A. Soulairac, psychiatre \u00e0 Sainte Anne et professeur de psychophysiologie \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences de Paris. Le th\u00e8me de recherche d\u00e9velopp\u00e9 dans la th\u00e8se concernait les relations entre vigilance et apprentissage avec des m\u00e9thodes de conditionnement skin\u00e9rien am\u00e9lior\u00e9es chez le rat, des techniques de l\u00e9sions localis\u00e9es des structures r\u00e9ticulaires pontiques et thalamiques et de pharmacologie comportementale. Nomm\u00e9 professeur de psychophysiologie, Bernard Cardo quittait la Facult\u00e9 des Lettres et s&#8217;installait \u00e0 la Facult\u00e9 des Sciences en 1964 avec son premier assistant, Michel Le Moal. Tous deux cr\u00e9aient un ensemble de recherche de psychophysiologie associ\u00e9 au CNRS ax\u00e9 sur les relations cerveau-comportement, les bases neurales de l&#8217;apprentissage et de la m\u00e9moire et les substrats neuronaux des processus de renforcement, le \u00ab reward system \u00bb d\u00e9couvert quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. A la fin des ann\u00e9es 1970, Michel Le Moal change d&#8217;Universit\u00e9 et s&#8217;installe \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 m\u00e9dicale de Bordeaux 2 avec son groupe CNRS puis INSERM.<\/p>\n<h3>Les Neurosciences contemporaines (depuis 1970)<\/h3>\n<p>Le d\u00e9veloppement tr\u00e8s rapide de ces ensembles, dans les ann\u00e9es 1970, fut surprenant, tant au plan scientifique qu&#8217;au plan humain.\u00a0Le niveau international \u00e9tait atteint d\u00e8s cette \u00e9poque. Tous les laboratoires avaient des collaborations suivies avec les Etats-Unis et les autres pays d&#8217;Europe, ce qui permit le recrutement de nombreux chercheurs fran\u00e7ais et \u00e9trangers. Beaucoup de ces chercheurs dirigent actuellement des groupes ou unit\u00e9s \u00e0 Bordeaux, en France ou \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Des cursus universitaires de neuroscience sont cr\u00e9\u00e9s et les formations de 3\u00e8me cycle (DEA et Doctorat) deviennent communes aux neurosciences bordelaises.<br \/>\nCette p\u00e9riode voit aussi la naissance de nombreuses disciplines cliniques dont la neuroradiologie, la neurochirurgie, la neuropathologie, la neurologie se sp\u00e9cialisant en sous-disciplines (nerf p\u00e9riph\u00e9rique, c\u00e9phal\u00e9es et douleurs, maladies d\u00e9my\u00e9linisantes, les maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, etc\u2026). La psychiatrie, devenue autonome, elle aussi se renforcera par des sp\u00e9cialit\u00e9s, la psychiatrie comportementale, les d\u00e9pressions-anxi\u00e9t\u00e9s, les psychoses, la pharmaco\u00e9pid\u00e9miologie, l&#8217;\u00e9pid\u00e9miologie psychiatrique, l&#8217;addictologie.<\/p>\n<p>Sur le site de l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux 2 et sur ces bases tr\u00e8s solides, les neurosciences prendront un nouvel essor \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 en raison d&#8217;une politique f\u00e9d\u00e9rative marqu\u00e9e par deux \u00e9v\u00e8nements, d&#8217;une part, la mise en place d&#8217;un Institut f\u00e9d\u00e9ratif de recherches (IFR) en neurosciences cliniques et exp\u00e9rimentales (aujourd&#8217;hui SFR), le premier cr\u00e9\u00e9 dans le domaine du cerveau en France, et d&#8217;autre part par la mise en \u0153uvre d&#8217;un projet de construction d&#8217;un Institut de recherche, l&#8217;Institut Fran\u00e7ois Magendie de neurosciences, sur le site et dans le prolongement des unit\u00e9s INSERM existantes (J.D. Vincent, M. Le Moal). Ces deux projets furent port\u00e9s par Michel Le Moal. L&#8217;IFR, con\u00e7u en 1993, \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 regrouper les potentialit\u00e9s, \u00e0 int\u00e9grer les recherches cliniques (symboliquement mises en t\u00eate du titre de l&#8217;IFR) et les recherches exp\u00e9rimentales, et \u00e0 \u00e9laborer des probl\u00e9matiques communes sur des th\u00e8mes choisis. Les moyens techniques \u00e9taient f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, des ateliers et plateaux techniques nouveaux \u00e9taient cr\u00e9\u00e9s. Les enseignements et la formation doctorale recevaient une impulsion nouvelle. L&#8217;IFR regroupait toutes les actions en neurologie, neurochirurgie, neuroradiologie, psychiatrie et neurosciences, soit (en ces ann\u00e9es 1990) 190 chercheurs, cliniciens et techniciens. Les programmes s\u00e9lectionn\u00e9s, fond\u00e9s sur les interactions entre la clinique et la recherche fondamentale furent tr\u00e8s correctement dot\u00e9s dans le cadre d&#8217;un Contrat de Plan Etat-R\u00e9gion, \u00e0 hauteur d&#8217;un \u00e9quivalent de pr\u00e8s de quatre millions d&#8217;euros. L&#8217;IFR est devenu depuis l&#8217;Institut des Neurosciences. L&#8217;Institut Fran\u00e7ois Magendie, achev\u00e9 en 1995, concr\u00e9tisera l&#8217;expansion des laboratoires, la reconnaissance de nouvelles \u00e9quipes et le souhait de coll\u00e8gues fran\u00e7ais et \u00e9trangers de venir s&#8217;installer \u00e0 Bordeaux. Il constituait d&#8217;embl\u00e9e un ensemble d&#8217;environ 8000 m2 et \u00e9tait dot\u00e9 de tous les plateaux techniques souhaitables. S&#8217;y installaient quatre laboratoires de l&#8217;INSERM et deux du CNRS. La qualit\u00e9 de la production scientifique de l&#8217;Institut des Neurosciences est \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme indiqu\u00e9 plus haut, pratiquement toutes les th\u00e9matiques de la recherche exp\u00e9rimentale sont actuellement repr\u00e9sent\u00e9es par un groupe ou un laboratoire.<\/p>\n<p>La structure f\u00e9d\u00e9rative associe l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux, l\u2019INSERM, le CNRS, l\u2019INRA, le CHU de Bordeaux et le CHS Charles Perrens. Elle a \u00e9t\u00e9 successivement dirig\u00e9e par :<\/p>\n<p>Michel Le Moal (1995-1998)<br \/>\nJean Fran\u00e7ois Dartigues (1998-1999)<br \/>\nDominique Poulain (1999-2002)<br \/>\nBernard Bioulac (2002-2009)<br \/>\nChristophe Mulle (2009-2010)<br \/>\nJean Marc Orgogozo (2011-2014)<br \/>\nChristophe Mulle (2015 &#8211; 2018)<\/p>\n<p>Le projet Neurocampus cr\u00e9\u00e9 par l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux et le Conseil R\u00e9gional d&#8217;Aquitaine, a pour vocation de devenir l&#8217;un des plus grands centres de recherche europ\u00e9ens en neurosciences, qui permettra de relever le d\u00e9fi actuel majeur : venir \u00e0 bout des maladies neurologiques et neuro-d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.\u00a0Concr\u00e8tement, il int\u00e8grera tous les\u00a0 instituts, son nom d\u00e9finitif: Bordeaux Neurocampus<\/p>\n<h2>Conclusions<\/h2>\n<p>Aux questions qui introduisaient cet essai historique, il nous semble ais\u00e9 de r\u00e9pondre positivement. A Bordeaux, dans son Universit\u00e9 des sciences m\u00e9dicales et biologiques, et ceci depuis le d\u00e9but du 19e si\u00e8cle, les sciences du cerveau furent toujours repr\u00e9sent\u00e9es au plus haut niveau : elles \u00e9taient une discipline majeure en raison du rayonnement national et international de Ma\u00eetres et pionniers qui furent de grands cliniciens et des chercheurs. Ils furent les acteurs de la transmission d&#8217;une culture des sciences du cerveau, l\u00e9gu\u00e9e sans interruption et en h\u00e9ritage depuis le XIXe si\u00e8cle jusqu&#8217;\u00e0 nos jours. Ces fondateurs avaient une culture globale de la discipline et sans doute relativement exhaustive. Fondamentalement neuropsychiatres, ils \u00e9taient sur le front des connaissances de leur \u00e9poque et de multiples sujets \u00e9veillaient leur esprit de recherche, tant en neurologie qu&#8217;en psychiatrie dont ils avaient une large vision.<br \/>\nNous nous trouvons actuellement dans des champs \u00e9troits de recherche, que l&#8217;on dit plus \u00ab pointus \u00bb ; les sp\u00e9cialit\u00e9s se subdivisent en sous-sp\u00e9cialit\u00e9s ou comp\u00e9tences technologiques. Tr\u00e8s souvent la fronti\u00e8re s&#8217;estompe dans notre pratique entre le chercheur et l&#8217;ing\u00e9nieur. Les connaissances sont transform\u00e9es tous les cinq ans au gr\u00e9 des prouesses techniques. Notre champ de vision et notre culture se sont r\u00e9tr\u00e9cis.\u00a0La communaut\u00e9 neuro-scientifique bordelaise vient d&#8217;obtenir la cr\u00e9ation d&#8217;un neurop\u00f4le, appel\u00e9 \u00a0Bordeaux-Neurocampus, destin\u00e9 \u00e0 accueillir d&#8217;autres \u00e9quipes et \u00e0 apporter les facilit\u00e9s les plus modernes pour les doctorants, post-doctorants et \u00e9trangers en s\u00e9jour sabbatiques, et surtout \u00e0 permettre plus de collaborations entre les \u00e9quipes sur des th\u00e8mes f\u00e9d\u00e9ratifs. Il faut y voir un hommage \u00e0 la pratique de tous ces ma\u00eetres fondateurs.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>En savoir plus :<\/strong><\/p>\n<p>Le Dossier du LabEx : <a href=\"http:\/\/brain.labex.u-bordeaux.fr\/en\/News\/BRAIN-Scientific-Advisory-Board-meeting-i1940.html\">Daniel Choquet BRAIN presentation Mai-Juin 2014<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/_contents-images\/ametys-internal%253Asites\/neurosciences\/ametys-internal%253Acontents\/historique-neurosciences-bordeaux-article\/_metadata\/content\/_data\/HistoireFBN.jpg_504x720\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"504\" \/><\/p>\n<p>Sch\u00e9ma ci dessus, r\u00e9alisation: Michel Le Moal<\/p>\n<p>(1) Membre de l&#8217;Acad\u00e9mie des Sciences, professeur \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux, Centre de recherche Inserm U 862, Institut Fran\u00e7ois Magendie, 146 rue L\u00e9o Saignat, 33077 Bordeaux cedex<br \/>\n(2) Professeurs \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux, 33076 Bordeaux cedex.<br \/>\n(3) Membre de l&#8217;Acad\u00e9mie des Sciences, professeur \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de l&#8217;Universit\u00e9 Paris XI<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi les Neurosciences se sont-elles tant d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 Bordeaux ?\u00a0Bulletin de l&#8217;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine de 2008. Michel Le Moal<\/p>\n","protected":false},"author":108,"featured_media":0,"parent":18563,"menu_order":8,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"tags":[],"class_list":["post-131046","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/131046","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/108"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=131046"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/131046\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/18563"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=131046"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.bordeaux-neurocampus.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=131046"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}