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Estelle Dumas-Mallet, François Gonon et al. dans PlosOne

La moitié des études scientifiques relayées par les médias seront réfutées un jour

Le 20 mars 2017

Dumas-Mallet, E., Smith, A., Boraud, T., & Gonon, F. (2017 b). Poor replication validity of biomedical association studies reported by newspapers. PLoS One, 12(2), e0172650. doi: 10.1371/journal.pone.0172650

Des chercheurs de l’université de Bordeaux ont vérifié si les études scientifiques ayant fait les gros titres sont toujours valides. (Titre du  Figaro) on en parle dans le Figaro...

Estelle Dumas-Mallet: : La « crise de la reproductibilité » de la recherche biomédicale préoccupe la communauté scientifique depuis le début des années 1990 comme en témoignent les nombreux articles et éditoriaux dans les revues biomédicales ainsi que les initiatives mises en place pour palier à ce déficit. En particulier, les résultats d’études initiales, que se soit dans le cadre d’études pré-cliniques, d’essais cliniques ou d’études d’association sont souvent invalidés par les études ultérieures.

Une des conséquences méconnue de cette faible reproductibilité est leur médiatisation.

Nous avons analysé la couverture médiatique de 4723 études d’association entre différents facteurs de risque (génétiques, environnementaux, épidémiologiques) pour trois domaines de la recherche biomédicale, la psychiatrie (Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, autisme, schizophrénie et trouble dépressif majeur) la neurologie (Maladies d’Alzheimer et de Parkinson, épilepsie et sclérose en plaque) et 4 maladies somatiques (cancer du sein, glaucome, psoriasis et polyarthrite rhumatoïde). Ces études ont été classifiées en 2 catégories : les études concernant l’influence du "mode de vie", sur lequel un sujet peut agir (comme par exemple fumer) et les autres études. Ces publications scientifiques avaient été préalablement sélectionnées en compilant les résultats de 306 méta-analyses. La reproductibilité de chaque étude a donc pu être évaluée en comparant leur résultat avec celui de la méta-analyse correspondante.

Nous avons utilisé la base de données Dow Jones Factiva pour déterminer quelles études scientifiques avaient été couvertes par la presse anglo-saxonne. Nous avons identifié 156 études (3,3%) relayées par les presse dans 1475 articles de presse. Notre étude montre que la probabilité pour une étude d’être couverte par la presse augmente largement avec le facteur d’impact, autrement dit le prestige du journal scientifique dans lequel l’étude est publiée. La presse couvre de manière égale les études initiales ou subséquentes sur "le mode de vie".
Par contre, pour les autres études, les journalistes couvrent plus fréquemment les études initiales (13,1%) que les études subséquentes (1,2%). Les journaux ne couvrent jamais les études initiales rapportant un résultat nul et rarement les études ultérieures négatives. Parmi les 156 études couvertes, seulement 48,7% ont été validées par les méta-analyses correspondantes. En particulier, le taux de validation des études initiales ne se rapportant pas au "mode de vie" est bien inférieur (33,3%) à celui des études subséquentes (64%) ou des études sur le "mode de vie" (49%).

Finalement, alors que 234 articles de presse avaient été consacrés à la couverture de 35 études initiales qui ont été par la suite invalidées, seulement 4 articles de presse se sont fait l’écho d’une étude ultérieure négative et ont mentionné la réfutation de l’étude initiale. Notre étude montre que: 1) les journalistes couvrent préférentiellement les études initiales bien qu’elles soient souvent invalidées par les méta-analyses et 2) ils n’informent que rarement le public de ces réfutations. Il semblerait donc que les journalistes n’aient pas conscience ou choisissent d’ignorer l’incertitude inhérente aux résultats initiaux. Les chercheurs ont sans doute une part de responsabilité: lors de leurs échanges avec les journalistes pensent-ils bien à préciser le caractère incertain d'une étude initiale? Cette recherche a été conduite à l'université de Bordeaux par une équipe pluridisciplinaire du CNRS associant le centre Emile Durkheim (science politique et sociologie, UMR 51116) et l'Institut des Maladies Neurodégénératives (UMR 5293)

Estelle Dumas-Mallet /Institut des Maladies Neurodégénératives (UMR 5293). (estelle.mallet @ u-bordeaux.fr)
Dernière mise à jour le 21.03.2017

1er auteur



Estelle Dumas-Mallet est doctorante 3ème année en science politique (centre Emile Durkheim). Elle a  un double rattachement, financement HEADS (HEAlth Determinants in Society) pour favoriser le développement de recherches pluridisciplinaires santé, société. Son directeur de thèse en Science politique est Andy Smith et son co-directeur, ici à l'IMN est François Gonon qui avait commencé à initier ce sujet avec Thomas Boraud et Erwan Bézard.

Estelle Dumas-Mallet est titulaire d'une thèse en science biologiques et médicales avec des formations aux USA sur l'épistémologie des sciences et la production de savoir" 

Le titre de sa thèse (sous réserve...) Recherche biomédicale et journalisme en situation d'incertitude.

@Photo Loïc Grattier