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Laure Zago dans Neuropsychologia

Existe-t-il un lien entre le fait d’être latéralisé à gauche pour le langage et à droite pour l’attention spatiale ?

Le 15 janvier 2016

The association between hemispheric specialization for language production and for spatial attention depends on left-hand preference strength . Laure Zago, Laurent Petit, Emmanuel Mellet, Gaël jobard, Fabrice Crivello, Marc Joliot, Bernard Mazoyer, Nathalie Tzourio-Mazoyer (2015) Neuropsychologia,


 Pour plus de 90% des êtres humains, l’hémisphère cérébral gauche (HG) est spécialisé dans les fonctions langagières et le contrôle moteur de la main dominante droite
, alors que l’hémisphère cérébral droit (HD) est spécialisé dans les processus visuo-spatiaux, et notamment l’attention spatiale. Cette spécialisation complémentaire des hémisphères cérébraux est un principe fondamental dans l’organisation fonctionnelle du cerveau humain. Pourtant, on ne connait toujours pas comment celle-ci se met en place et quels sont les mécanismes sous-jacents aux asymétries cérébrales.

Deux hypothèses principales ont été proposées dans la littérature. La première dite « causale », suppose que la division des fonctions cognitives entre les hémisphères s’opère de manière causale. Ainsi, la spécialisation de l’HD pour l’attention spatiale serait la conséquence au cours de l’évolution de la « colonisation » de l’HG par le langage. Au niveau individuel, cette hypothèse prédit que si un individu présente une dominance hémisphérique gauche pour le langage alors il va présenter en conséquence une dominance droite de l’attention spatiale. Inversement, dans les cas très rares de latéralisation atypique droite pour le langage, cet individu présentera alors une dominance gauche pour les fonctions visuo-spatiales. Selon cette hypothèse, il existerait donc des corrélations (négatives) entre les latéralisations cérébrales. Plus un individu est latéralisé à gauche pour le langage, plus il sera latéralisé à droite pour l’attention spatiale. La deuxième hypothèse, dite « indépendante », considère que les asymétries du langage et des fonctions visuo-spatiales sont déterminées de manière indépendante. Bien qu’il existe dans la population un biais en faveur d’une représentation du langage dans l’HG et des fonctions visuo-spatiales dans l’HD, celles-ci ne seraient pas associées. Au niveau individuel, cette hypothèse prédit l’existence de différents patterns de spécialisation puisque la latéralisation d’une fonction n’a aucune conséquence sur la latéralisation d’une autre fonction, ainsi qu’une absence de corrélation entre les latéralisations. Jusqu’à maintenant, la plupart des résultats de la littérature obtenus étaient en faveur de l’hypothèse « indépendante ». Ces études étaient conduites sur des droitiers.

Nous avons étudié les données de neuroimagerie d’un échantillon de 293 participants incluant 151 gauchers, issu de la base de données BIL&GIN (pour Brain Imaging of Lateralization & Groupe d’Imagerie Neurofonctionnelle) au cours de tâches de production de langage et de jugement de bissection de ligne (attention spatiale). Nous avons mis en évidence que la nature de la relation entre les latéralisations cérébrales du langage et de l’attention spatiale dépend de la force de la préférence manuelle. Nos résultats montrent que dans la majorité de l’échantillon comprenant des droitiers fortement latéralisé pour leur main droite (sRH, strong right-handers, Figure B) et des témoins faiblement latéralisés pour leur main préférée (MH, mixed-handers, Figure C), il n’y a pas de corrélation entre les latéralisations hémisphériques pour le langage et l’attention spatiale. Ce résultat est en faveur de l’hypothèse de l’indépendance des fonctions latéralisées. Par contre, pour le groupe de témoins gauchers fortement latéralisés pour en faveur de la main gauche (sLH, strong left-handers, Figure D), la corrélation négative observée indique qu’il existe une association entre ces latéralisations uniquement dans cette population de gauchers. Plus un individu est latéralisé à gauche pour le langage, et plus il sera latéralisé à droite pour l’attention spatiale.

Ces résultats indiquent une association entre les latéralisations, mais ne prouvent pas l’existence d’une relation causale. Ce travail ouvre de nouvelles perspectives d’études afin de comprendre les mécanismes à l’origine de cette corrélation entre les fonctions latéralisées chez les sLH.


Image zoomable: Diagrammes montrant la relation entre les indices de latéralisation (HLI) hémisphérique calculés au cours d’une tâche d’attention spatiale de jugement de bissection de ligne (LBJ-HLI) et d’une tâche de production de phrase (PROD-HLI). (A) pour l’échantillon total (n = 293) ; (B) pour le groupe de droitiers fortement latéralisé pour leur main droite (sRH, n =97) ; (C) pour le group de participants faiblement latéralisés pour leur main préférée (MH, n= 97) ; (D) pour le groupe de gauchers fortement latéralisés pour la main gauche (sLH, n = 98). 

Laure ZAGO, PhD. /laure.zago(at)u-bordeaux.fr/ IMN Institut des Maladies Neurodégénératives UMR 5293 /Team 5: GIN Groupe d'imagerie Neurofonctionnelle Université de Bordeaux - CNRS - CEA
Dernière mise à jour le 17.01.2016