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Fabrice Crivello dans Neuropsychologia

Corrélations régionales entre asymmetries d’épaisseur et d’aire corticale : Une caractéristique importante de l’organisation anatomique cérébrale.

Le 14 avril 2016

Regional correlations between cortical thickness and surface area asymmetries: A surface-based morphometry study of 250 adults.Maingault S, Tzourio-Mazoyer N, Mazoyer B, Crivello F. Neuropsychologia. 2016 Mar 25. pii: S0028-3932(16)30096-3. doi: 10.1016/j.neuropsychologia.2016.03.025. 



 Fabrice Crivello: Les hémisphères cérébraux ne sont pas symétriques.
En effet, l’asymétrie anatomique la plus visible est une torsion du cerveau, la torque, caractérisée par des protrusions des cortex frontal droit et occipital gauche. Il existe également des différences de positions de certaines structures cérébrales entre les hémisphères associées à la torque. A gauche la scissure de Sylvius (la limite supérieure du lobe temporal) est plus longue et le planum temporale (PT) gauche plus étendue, alors que dans l’hémisphère droit le sillon temporal supérieur (STS) est plus profond. Ces asymétries robustes sont en relation avec les asymétries fonctionnelles du cerveau : l’hémisphère gauche commande le langage chez 90% des individus et le droit l’attention spatiale ou, pour ce qui concerne l’asymétrie du STS, la reconnaissance de la voix Humaine. Mais les résultats précédents sur les asymétries cérébrales avaient pour la plupart été obtenus à partir de mesures du volume régional de substance grise sans correction précise des différences de position des sillons cérébraux entre les hémisphères. Ainsi il était difficile de savoir ce qui, pour ces asymétries, était dû à des positions différentes des sillons ou bien à des différences de volume régional de substance grise entre les hémisphères.

Pour étudier plus précisément la nature des asymétries du cortex cérébral nous avons mis en place une méthode d’analyse d’images IRM basée sur le recalage précis des sillons des deux hémisphères en se plaçant au niveau de la surface du cortex. Cette méthode permet d’obtenir une correspondance précise entre une région d’un hémisphère et son homologue dans l’autre hémisphère. Nous avons ainsi mesuré les valeurs d’épaisseur et d’aire corticales et calculé leurs cartes d’asymétries hémisphériques. Nous avons appliqué cette méthode sur un échantillon de sujets de la BIL&GIN, une base de données de sujets sains dédiée à l’étude la spécialisation hémisphérique fortement enrichi en gauchers (120 participants gauchers sur les 250 participants de l’étude).

Nous avons trouvé des régions ou les d’asymétries d’épaisseur et d’aire corticales étaient concordantes (asymétrie gauche ou droite pour les deux variables anatomiques), et des régions ou les asymétries étaient opposées (gauche pour l’une et droite pour l’autre). Environ 20% des régions qui présentaient des asymétries à la fois d’épaisseur corticale et d’aire corticale avait leurs asymétries corrélées négativement, c’est à dire que plus l’asymétrie d’aire était forte plus celle d’épaisseur était faible et réciproquement. Il est frappant de constater que les 2 régions aux asymétries anatomiques les plus fortes, le PT et le STS présentaient au contraire des corrélations positives d’asymétrie. Le PT avait une asymétrie gauche d’aire et d’épaisseur corticale alors que le STS présentait, lui, une asymétrie droite des deux variables. Pour ces 2 régions, l’asymétrie d’épaisseur corticale était d‘autant plus forte qu’elle l’était pour l’asymétrie d’aire corticale (Figure 2).

Au total cette étude démontre qu’il existe des corrélations entre les asymétries d’épaisseur et d’aire corticale caractéristiques de l'organisation anatomique du cortex cérébral. Ces régions sont des sites clefs dont il reste à étudier l’importance comme marqueurs anatomiques de la latéralisation cérébrale et de ses corrélats fonctionnels.

 

Dr Fabrice CRIVELLO, IMN, CNRS UMR 5293, GIN, http://www.imn-bordeaux.org/
Dernière mise à jour le 14.04.2016