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Emmanuel Mellet dans Neuropsychologia

Les performances cognitives sont moins bonnes quand le langage n'est pas latéralisé dans un hémisphère cérébral

Le 4 décembre 2014

Weak language lateralization affects both verbal and spatial skills: An fMRI study in 297 subjects
E Mellet, L Zago, G Jobard, F Crivello,L Petit, M Joliot, B Mazoyer, N Tzourio-Mazoyer ,
Université de Bordeaux, GIN, UMR 5296, F-33000 Bordeaux, France, 

Y-a-t-il une relation entre la spécialisation hémisphérique cérébrale et les performances cognitives ?

 
Nos deux hémisphères cérébraux ne jouent pas le même rôle dans les facultés intellectuelles. La spécialisation hémisphérique désigne le fait que certaines fonctions cognitives sont hébergées préférentiellement par un hémisphère cérébral. Il est par exemple classique d’attribuer à l’hémisphère gauche un rôle privilégié dans les fonctions langagières tandis que l’hémisphère droit est impliqué dans les fonctions qui mobilisent l’attention spatiale.

On attribue souvent ce partage des tâches à une pression de sélection, considérant que cette spécialisation est le fruit d’un avantage évolutif. Pourtant, la nature et même l’existence de cet avantage sont loin d’être établies. Il a été postulé que les performances cognitives sont meilleures lorsque le degré de latéralisation hémisphérique est plus important mais les études menées jusqu’à présents ont fourni des résultats contradictoires ne permettant pas de valider cette hypothèse. Pour la vérifier, nous avons mis en relation la spécialisation hémisphérique déterminée avec précision par IRM et une évaluation exhaustive des performances cognitives dans un large échantillon de sujets.

Pour cela, nous avons mesuré en IRM fonctionnelle le degré de la latéralisation hémisphérique dans une tâche de langage chez 297 participants dont 153 gauchers. Il a ainsi été possible de classer les sujets en trois catégories : les sujets qui présentaient classiquement une forte latéralisation gauche de l’activité cérébrale pendant cette tâche (84% de l’ensemble des participants), les sujets qui montraient une répartition de l’activité sur les deux hémisphères (12,5%) et les sujets très atypiques présentant une activité fortement latéralisée à droite (3,5%),. Nous avons évalué les performances cognitives de tous ces sujets à l’aide de 12 épreuves quantifiant la plupart des aspects de la cognition tels que la manipulation verbale, la mémoire verbale et spatiale, l’orientation topographique, la logique…
Une analyse a permis de réduire les scores à ces 12 tests à trois facteurs: le langage, la cognition visuo-spatiale et la mémoire. Pour la première fois, nous avons mis en évidence que les sujets sans dominance hémisphérique pour le langage présentaient des scores significativement inférieurs aux sujets dont l’hémisphère dominant est à gauche ou à droite.

Cette différence n’était pas confinée au domaine langagier mais concernait également la cognition visuo-spatiale et la mémoire. Ces résultats suggèrent que le degré de latéralisation pour le langage reflète des variations dans l’organisation globale du cerveau.

La latéralisation hémisphérique semble donc bien conférer un avantage cognitif quelque soit sa direction puisque qu’il n’y avait pas de différence entre les scores des sujets dont l’hémisphère dominant pour le langage est à gauche et ceux pour lesquels il est à droite. Il faut néanmoins garder à l’esprit que l’effet du degré de latéralisation hémisphérique est petit au regard de celui du nombre d’années d’études qui va de pair avec une augmentation des scores et celui de l’âge qui s’accompagne d’une diminution des performances.

Emanuel Mellet, MD, Ph.D. (emmanuel.mellet @ u-bordeaux.fr)
Dernière mise à jour le 04.12.2014

Bio +

Emmanuel Mellet
After a Ph.D. in Neuroscience, I have been recruited at the CNRS in 2000 as a researcher in the Groupe d’Imagerie Neurofonctionnelle (GIN), today integrated in the GIN-UMR5296 in Bordeaux.
From 2003 to 2011 , I was Professor in the University of Caen Basse-Normandie. During this period I started and directed the Master “Neuroscience et imagerie de la Santé”. I am research director at the CNRS since 2011 . Specialist in cognitive neuroimaging, my early work concerned the neural basis of visual mental imagery and of topographical memory and the relation between verbal and visual representations at both the behavioral and brain level. More recently, I have been involved in the identification of factors that originate the variability of hemispheric specialization of spatial cognition. This investigation bears on a database of 300 healthy participants, balanced for gender and handedness (BIL&GIN cohort), that includes psychometric measurements, anatomical Magnetic Resonance Imaging (aMRI), diffusion tensor Imaging (DTI), neural bases of language and visuo-spatial functions, and functional data in the conscious resting state. more...


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