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Sophie Layé et al. dans JNeurosci

Carence en Oméga 3 à l'adolescence: anxiété et troubles dépressifs

Le 18 juin 2017

Amplification of mGlu5-endocannabinoid signaling rescues behavioral and synaptic deficits in a mouse model of adolescent and adult dietary polyunsaturated fatty acids imbalance. Antonia Manduca, Anissa Bara, Thomas Larrieu, Olivier Lassalle, Corinne Joffre, Sophie Layé and Olivier J. Manzoni / Journal of Neuroscience 19 June 2017, 3516-16; DOI



Les oméga-3 sont des acides gras indispensables pour le cerveau. Des carences en apport peuvent entraîner des comportements dépressifs. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Inra au sein de l’Unité 901 « Institut de neurobiologie de la Méditerranée » (Inserm/ Université d’Aix-Marseille) et de l’UMR 1256 « Nutrition et Neurobiologie Intégrée » (Inra/ Université de Bordeaux)  met en évidence les mécanismes à la base des pathologies développée chez des souris adultes ayant un régime faible en oméga-3 depuis l’adolescence. Des thérapies ont également pu être mises au point. Les résultats sont parus dans The Journal of Neuroscience.


 Sophie Layé: "La croissance rapide des sociétés occidentales a été associée à des changements conséquents de régimes alimentaires. L’alimentation est appauvrie en acides gras essentiels de type oméga-3, que l’on trouve en grande quantité dans les poissons gras comme le saumon, les graines de chia, la noix ou encore le soja. Ce type de régime alimentaire est un facteur de risque des troubles de la santé mentale comme la dépression ou le stress. Il est donc nécessaire de mieux appréhender les mécanismes qui lient une alimentation déséquilibrée aux troubles mentaux"

Une équipe marseillaise de l’Inserm basée à l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée, en collaboration avec une équipe bordelaise de l’Inra, a développé un modèle murin de carence en oméga-3 depuis l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. Les chercheurs ont ainsi remarqué que débuter ce régime faible en oméga-3 dès l’adolescence diminue les taux d’acides gras dans le cortex préfrontal (impliqué dans les fonctions cognitives complexes comme la prise de décision, le contrôle exécutif, le raisonnement) et aussi au niveau du noyau accumbens (impliqué dans la régulation de la récompense et des émotions), se traduisant à l’âge adulte, par des comportements de type anxieux et une diminution des fonctions cognitives.

Les chercheurs se sont par la suite intéressés aux mécanismes qui sous-tendent ces résultats et ont découvert que deux formes élémentaires d’apprentissage neuronal (au niveau des synapses, les zones de communications entre neurones) sont altérées dans le cortex préfrontal et le noyau accumbens des souris déficientes en oméga-3.

Dans le but de développer des solutions thérapeutiques innovantes, les scientifiques ont démontré que deux méthodes étaient efficaces pour restaurer totalement les fonctions cérébrales des souris adultes déficientes en oméga-3 et leurs comportements émotionnel et cognitif. « Pour cela il nous a suffi d’amplifier la capacité du récepteur (mGlu5) du glutamate (neurotransmetteur le plus important du système nerveux central) au niveau des neurones afin de rétablir les échanges, ou d’inhiber la dégradation du principal cannabinoïde naturellement sécrété par le cerveau et qui contrôlent la mémoire synaptique. » expliquent les chercheurs à la tête de l’étude, Olivier Manzoni et Sophie Layé.

Ces résultats indiquent que la nutrition est un facteur environnemental clé qui influence les fonctions cérébrales et le comportement jusqu’à l’âge adulte, bien après la fin de la période périnatale. Ces travaux ont permis l’identification de facteurs de risque nutritionnels dans les maladies neuropsychiatriques et indiquent des voies thérapeutiques nouvelles aux troubles comportementaux associés à la carence en oméga-3.


Poor Adolescent Diet May Influence Brain and Behavior in Adulthood Adolescent male mice fed a diet lacking omega-3 fatty acids show increased anxiety-like behavior and worse performance on a memory task in adulthood, according to new research published in The Journal of Neuroscience. The study suggests adequate nutrition in adolescence is important for the refinement of the adult brain and behavior.

The structure and function of the brain continue to change throughout adolescence, at the same time that teenagers gain increasing independence and begin to make their own food choices. Since high-calorie, low-quality diets tend to be more affordable than healthy ones, teenagers may opt for foods that lack key nutrients important for brain health such as omega-3 polyunsaturated fatty acids (n-3 PUFAs), which cannot be produced by the human body and must be obtained from foods such as fish and vegetables.

Oliver Manzoni and colleagues fed mice a balanced diet until early adolescence, when some mice were switched to a diet lacking n-3 PUFAs. Mice fed the poor diet during adolescence had reduced levels of n-3 PUFA in the medial prefrontal cortex and the nucleus accumbens in adulthood compared to control mice. The low-quality diet impaired the brain's ability to fine-tune connections between neurons in these regions. Article: Amplification of mGlu5-endocannabinoid signaling rescues behavioral and synaptic deficits in a mouse model of adolescent and adult dietary polyunsaturated fatty acids DOI: https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.3516-16.2017

Sophie Layé / Directeur de NutriNeuro / INRA / Bordeaux Neurocampus (sophie.laye @ u-bordeaux.fr)
Dernière mise à jour le 12.07.2017