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Pierre Olivier Fernagut

L-Dopa et maladie de Parkinson: quand le traitement devient une drogue

Le 15 avril 2013

Engeln M, Fasano S, Ahmed SH, Cador M, Baekelandt V, Bezard E, Fernagut PO. L-dopa gains psychostimulant-like properties after nigral dopaminergic loss. Ann Neurol. 2013 Mar 12. 2013

Lien PubMed

Le traitement symptomatique de la maladie de Parkinson par la L-Dopa est associé à plusieurs types d’effets secondaires. En plus des mouvements anormaux (dyskinésies dopa-induites), certains patients présentent un syndrome de dysrégulation dopaminergique, caractérisé par une prise compulsive de L-Dopa en dépit de sévères effets secondaires moteurs (dyskinésies), de troubles comportementaux (comportements compulsifs), d’hypomanie ou de psychose.

Ces patients présentent également un syndrome de sevrage lorsque les doses de L-Dopa sont réduites. Ce syndrome de dysrégulation dopaminergique a surtout fait l’objet d’études cliniques et les mécanismes impliqués restent à être identifiés.

De part certaines similitudes entre cette addiction à la L-Dopa chez les patients parkinsoniens et l’addiction aux psychostimulants, nous avons cherché à déterminer si la L-Dopa pouvait présenter certaines caractéristiques propres aux psychostimulants, à savoir des propriétés renforçantes et la capacité de diminuer l’intérêt pour un renforçateur alternatif.

Pour cela, nous avons utilisé un test de préférence de place conditionnée afin d’évaluer les propriétés renforçantes de la L-Dopa chez des rats normaux ou ayant une lésion bilatérale partielle des neurones dopaminergiques de la substance noire compacte. Nous avons également évalué l’effet de la L-Dopa sur la consommation d’un renforçateur naturel (saccharine), après avoir contrôlé que les capacités de discrimination n’étaient pas affectées par la lésion dopaminergique. Seuls les animaux lésés ont développé une préférence de place conditionnée à la L-Dopa et ont montré un intérêt diminué envers la saccharine, deux caractéristiques typiques des psychostimulants. Ce travail a été mené en collaboration avec plusieurs équipes, dont celle de Serge Ahmed (IMN) et de Martine Cador (INCIA).

Notre étude démontre qu’une lésion partielle (30%) des neurones dopaminergiques de la substance noire, sans atteinte des neurones dopaminergiques de l’aire tegmentale ventrale est suffisante pour que la L-Dopa puisse acquérir des propriétés semblables aux psychostimulants. Ces résultats soulignent notamment le rôle trop souvent négligé de la voie dopaminergique nigrostriatale dans l’intégration d’informations non-motrices (motivation, récompense). Il reste à déterminer si la dégénérescence additionnelle de la voie mésocorticolimbique (aire tegmentale ventrale) peut accroitre ces effets psychostimulants de la L-Dopa et si les facteurs de risques impliqués dans l’addiction aux psychostimulants opèrent également dans l’addiction à la L-Dopa dans la maladie de Parkinson.

 

Pierre-Olivier Fernagut


Chargé de recherche au CNRS à l'Institut des Maladies Neurodégénératives dans l'équipe : Physiopathologie des syndromes parkinsoniens d' Erwan Bezard  .

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