Aller au contenuAller au menuAller à la recherche

Carole Hyacinthe dans Neurobiology of Disease

L'activation des récepteurs D1 améliore les paramètres de veille-sommeil dans un modèle macaque de la maladie de Parkinson.

Le 13 décembre 2013

D1 receptor agonist improves sleep-wake parameters in experimental parkinsonism.
Hyacinthe C, Barraud Q, Tison F, Bezard E, Ghorayeb I.
Neurobiol Dis. 2013 Nov 6. doi:pii: S0969-9961(13)00304-5. 10.1016/j.nbd.2013.10.029.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24211719

The same page in english...

Les troubles du sommeil et la somnolence diurne excessive (SDE) font partie des troubles non moteurs les plus fréquents de la Maladie de Parkinson (MP), ils peuvent précéder l’installation des troubles moteurs et leur physiopathologie reste mal élucidée (Abbott et al., 2005; Ghorayeb et al., 2007; Schenck et al., 2013). 


L’impact de ces troubles sur la qualité de vie des patients est dévastateur et un risque accru d’accident de la voie publique a été démontré sous agonistes dopaminergiques de type D2/D3 (Frucht et al., 1999; Homann et al., 2002). Il a également été montré que ces traitement dopaminergiques avaient un rôle délétère sur l’architecture du sommeil des patients et en particulier sur le sommeil paradoxal (SP) avec production de cauchemars et récurrence de rêves à caractère morbide (Pappert et al., 1999). Ainsi, bien que les agonistes dopaminergiques D2/D3 permettent une amélioration efficace des symptômes moteurs de la MP, ces mêmes traitements peuvent altérer les mécanismes régulateurs des cycles veille-sommeil en favorisant l’émergence d’une SDE et la dérégulation du SP.

Une meilleure connaissance des effets pharmacologiques des agonistes dopaminergiques sur l’organisation des cycles veille-sommeil chez un modèle animal de la MP, validé pour l’étude des troubles du sommeil, est un pré-requis indispensable afin d’améliorer la prise en charge de la MP dans sa globalité (Barraud et al., 2009). L’objectif de notre travail a été de déterminer l’impact de deux agonistes des récepteurs dopaminergiques de type D1 (SKF38393) et D2 (quinpirole) sur différents paramètres des cycles veille-sommeil dans un modèle macaque de la MP. Pour cela, nous avons induit un syndrome parkinsonien chronique, par intoxication au 1-méthyl-4-phényl-1,2,3,6-tétrahydropyridine (MPTP) chez des animaux munis d’un système d’enregistrement des paramètres veille-sommeil par télémétrie.
Dans un premier temps, nous avons pu confirmer que l’intoxication au MPTP provoquait une apparition rapide de SDE, ainsi qu’une suppression du SP dès la première injection de MPTP, comme précédemment décrit par notre équipe (Barraud et al., 2009).

Ces perturbations du cycle veille-sommeil apparaissent avant l’installation des symptômes moteurs sévères et persistent des mois durant, lors de la phase dite chronique de stabilisation du syndrome parkinsonien induit. A ce stade, des administrations de quinpirole ou de SKF38393 ont été effectuées pendant 5 jours consécutifs aux animaux présentant un syndrome parkinsonien chronique.
Afin de mimer au mieux les conditions de prise du traitement chez les patients atteints de la MP, les injections intramusculaires ont été réalisées en début de soirée. Ce protocole nous a permis de mettre en évidence une dichotomie claire entre les effets pharmacologiques des deux traitements testés.
En effet, une stimulation des récepteurs dopaminergiques de type D2 n’induit aucun effet significatif sur la SDE et sur l’altération du SP. A l’inverse, les injections de quinpirole provoquent un allongement considérable de la latence d’endormissement ainsi qu’une augmentation du nombre d’épisodes de veille intra-sommeil, entrainant ainsi une réduction du temps de sommeil total et par conséquent une détérioration significative de l’efficacité du sommeil. En revanche, bien qu’elle ne restaure pas l’efficacité de sommeil, nous avons montré que la stimulation des récepteurs dopaminergiques de type D1 diminue substantiellement la SDE et rétablit quantitativement le SP aux niveaux de base chez ces mêmes animaux.

Notre étude montre pour la première fois qu’une stimulation des récepteurs dopaminergiques de type D1 diminue la SDE et restaure l’architecture du SP dans le modèle expérimental de référence de la MP. Ces résultats pionniers ouvrent de nouvelles pistes pour l’exploration des mécanismes mis en jeu dans les troubles du sommeil observés chez les patients parkinsoniens et offrent des perspectives prometteuses quant à la rationalisation de la prise en charge des troubles du sommeil liés à la MP.



 References

Abbott, R. D., et al., 2005. Excessive daytime sleepiness and subsequent development of Parkinson disease. Neurology. 65, 1442-6.
Barraud, Q., et al., 2009. Sleep disorders in Parkinson's disease: the contribution of the MPTP non-human primate model. Exp Neurol. 219, 574-82.
Bezard, E., et al., 2001. Relationship between the appearance of symptoms and the level of nigrostriatal degeneration in a progressive 1-methyl-4-phenyl-1,2,3,6-tetrahydropyridine-lesioned macaque model of Parkinson's disease. J Neurosci. 21, 6853-61.
Frucht, S., et al., 1999. Falling asleep at the wheel: motor vehicle mishaps in persons taking pramipexole and ropinirole. Neurology. 52, 1908-10.
Ghorayeb, I., et al., 2007. A nationwide survey of excessive daytime sleepiness in Parkinson's disease in France. Mov Disord. 22, 1567-72.
Homann, C. N., et al., 2002. Sleep attacks in patients taking dopamine agonists: review. BMJ. 324, 1483-7.
Pappert, E. J., et al., 1999. Hallucinations, sleep fragmentation, and altered dream phenomena in Parkinson's disease. Mov Disord. 14, 117-21.
Schenck, C. H., et al., 2013. Delayed emergence of a parkinsonian disorder or dementia in 81% of older males initially diagnosed with idiopathic REM sleep behavior disorder (RBD): 16year update on a previously reported series. Sleep Med.
Tass, P. A., et al., 2012. Coordinated reset has sustained aftereffects in Parkinsonian monkeys. Ann Neurol. 72, 816-20.

 

 

 

Imad Ghorayeb



Neurologue
Maître de Conférences - Praticien Hospitalier
Institut des maladies neurodégénératives
Equipe - Phydiopathologie des syndromes parkinsoniens d'Erwan Bézard