Aller au contenuAller au menuAller à la recherche

Yannick GoumonLA MORPHINE ENDOGENE CENTRALE ET PERIPHERIQUE

Abstract :


Depuis le début des années 80, la morphine endogène dont la structure est identique à la morphine produite par le pavot a été caractérisée dans de nombreuses cellules et tissus de mammifères. Un nombre croissant de publications montre sa présence et son implication dans différents processus, à la fois au niveau central et périphérique1.
La voie de synthèse de morphine chez les mammifères, qui dérive de la dopamine, a été démontrée dans la lignée neuronale humaine SH-SY5Y2. Ainsi, la synthèse de morphine est abolie dans le cerveau de souris invalidées de façon conditionnelle pour la tyrosine hydroxylase3.
Nos études récentes se focalisent à la fois sur l’implication central et périphérique de la morphine endogène.
Au niveau central, nos travaux ont permis d’analyser la présence de morphine et de la morphine-6-glucuronide (M6G) dans les modèles du neuroblastome humain SH-SY5Y et du cerveau de souris4. Ainsi, l’utilisation des SH-SY5Y a montré une immunomarquage pour la morphine/M6G dans des granules de sécrétion. La morphine et la M6G ont été caractérisées par spectrométrie de masse à partir de ces cellules et une approche de PCR a montré l’expression du mRNA de l’UDP-glucuronosyltransférase 2B7 qui transforme la morphine en M6G. De plus, cette étude a indiqué la sécrétion Ca2+-dépendante de la morphine, tandis qu’une approche de patch-clamp a montré que la morphine et la M6G induisaient des réponses électrophysiologiques à faibles concentrations4.
Des approches de microscopie et d’ELISA réalisées sur le modèle du cerveau de souris ont permis de localiser et de quantifier la présence de morphine endogène dans différentes aires cérébrales. Ainsi, un marquage pour la morphine est présent dans l’hippocampe, le bulbe olfactif, le cortex et le cervelet. Dans le cervelet, nous avons montré que l’immunoréactivité pour la morphine était présente dans les interneurones inhibiteurs (cellules en corbeille) et leurs terminaisons nerveuses innervant les cellules de Purkinje. Ces travaux suggèrent la présence et la sécrétion de morphine endogène et son implication en tant que nouveau neuromodulateur du SNC4.
Au niveau périphérique, différents articles ont rapporté un lien entre la morphine endogène et les états de stress5,6. Ainsi, différentes études ont indiqué que la morphine est plus exprimée lors de traitement au LPS. Plusieurs types cellulaires périphériques sont décrits comme produisant de la morphine endogène et la M6G. Parmi celles-ci on trouve les polymorphonucléaires neutrophiles7, les hépatocytes2 et les cellules chromaffines8 qui constituent la partie médullaire de la glande surrénale.
Nos travaux réalisés sur des cohortes de patients en conditions septiques (i.e., infection systémique), en condition d’inflammation systémique ou en condition de surdose de paracétamol (suicides) ont mis en évidence que la morphine endogène pouvait représenter un biomarqueur pathophysiologique. L’élévation des taux sériques de morphine proviendrait en partie des polymorphonucléaires neutrophiles et/ou du foie. Une telle élévation permettrait de diminuer les réponses inflammatoires destructrices via une diminution des réponses immunitaires.
 

Selected publications

Muller A, Glattard E, Taleb O, Kemmel V, Laux A, Miehe M, Delalande F, Roussel G, Van Dorsselaer A, Metz-Boutigue MH, Aunis D, Goumon Y. Endogenous Morphine in SH-SY5Y Cells and the Mouse Cerebellum. PLoS ONE. 2008;3(2).
 
Welters ID, Menzebach A, Goumon Y, Langefeld TW, Harbach H, Muhling J, Cadet P, Stefano GB. Morphine inhibits AP-1 activity and CD14 expression in leukocytes by a nitric oxide and opioid receptor-dependent mechanism. Eur J Anaesthesiol. 2007;22:1-8.
 
Boettcher C, Fellermeier M et al. How human neuroblastoma cells make morphine. Proc Natl Acad Sci U S A. 2005;102:8495-8500.
Stefano GB, Goumon Y et al. Endogenous morphine. Trends Neurosci. 2000;23:436-442.