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Yehezkel BEN-ARI"Plasticité réactive post lésionnelle: pour le meilleur ou pour le pire ?"

Abstract :


D
es lésions cérébrales d’origines et de causes diverses sont suivies d’une réorganisation cérébrale avec croissance axonale et formation de nouvelles synapses. Données qui indiquent clairement que la plasticité réactive est une propriété fondamentale du cerveau qui ne concerne pas que le système nerveux immature. La bonne nouvelle est que nous restons "plastique" même à un âge avancé. La mauvaise est que cette plasticité n’est pas forcément un facteur positif dans la cascade d’événements qui suivent une agression. Des données expérimentales, confirmées depuis chez l’homme et obtenues à partir d’études de modèles animaux d’épilepsies au kainate –épilepsie temporale, montrent qu’après la crise inaugurale, il y a certes une mort de neurones fragiles mais aussi une cascade d’activation de gènes –plus de 1500 dans les jours qui suivent– qui va se traduire par un bourgeonnement de fibres et l’établissement de nouvelles connexions dont certaines sont totalement aberrantes –elles n’existaient pas avant la crise. Ces nouvelles connexions participent dans le syndrome épileptique –elles abaissent le seuil des convulsions. De plus, de très nombreuses molécules, récepteurs et autres cascades sont exprimés uniquement dans le réseau épileptique adulte –et pas dans le contrôle. Certaines de ses propriétés semblent répéter une situation présente pendant le développement cérébral suggérant que "l’épileptogenèse récapitule l’ontogenèse".

Ces observations, qui concernent aussi d’autres maladies neurologiques et notamment les accidents cérébro-vasculaires, ont plusieurs implications fondamentales. En premier, elles suggèrent que la phase post-critique immédiate est suivie d’une phase plus tardive qui est celle qu’il faut, pour l’essentiel, traiter car les lésions immédiates sont hors d’atteinte le plus souvent au traitement. Sur le plan thérapeutique, ces observations expliquent aussi pourquoi les stratégies basées sur des molécules développées à partir de modèles animaux aigus sont inefficaces. Le cerveau épileptique –ou post-ischémique– n’est pas un cerveau normal dans lequel telle région est atteinte avec des neurones qui sont morts, mais un cerveau remanié avec des molécules, des cascades intracellulaires et des récepteurs uniques qui doivent être la cible de nouvelles molécules. Enfin, ce type d’analyse montre aussi combien l’étude de pathologies cérébrales apporte à notre compréhension du fonctionnement du cerveau cognitif. Je résumerai les implications de ces observations sur les plans clinique et pharmacologique ainsi que leur apport à la compréhension de la maturation du cerveau.