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Tribune libre avec Christophe Mulle

DRCE CNRS, responsable d'équipe

Le 19 juin 2013

Pour soutenir la recherche publique, renforçons le programme blanc de l'ANR


La situation des financements de l’ANR, et du programme blanc en particulier, est très préoccupante.
Deux initiatives récentes ont été lancées pour soutenir l'ANR, et en particulier les programmes Blanc et JCJC (Jeunes Chercheuses/Jeunes Chercheurs) : une lettre signée par la grande majorité des présidents de comité scientifique de l'ANR, toutes disciplines confondues et adressée à la directrice de l'ANR ainsi qu'à la ministre. Une pétition de soutien à l'ANR faisant suite à une lettre publiée dans Le Monde: http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N41333, que je vous invite à lire et à signer.

La réduction progressive des crédits amorcée en 2009 d’un niveau d’environ 20-25%, s’est nettement accrue cette année. Le taux de sélection des projets ne devrait pas dépasser 15% en 2013. Sur un budget de 260 M€ en 2012 pour le programme blanc, 60 M€ ont été prélevés pour être reversés aux EPST. Puis, un "surgel" de 50 M€ en autorisation d’engagement a été appliqué à l’agence portant la diminution du budget de l’ANR affecté aux projets à moins 22 % (-122 M€) par rapport à l’année précédente. Ce gel supplémentaire des crédits de l’ANR est intervenu alors que le processus de sélection des projets était engagé.

Ce qui est particulièrement alarmant, ce n’est pas qu'un certain niveau de réduction soit attendu, au regard des difficultés budgétaires de la France, mais que cette diminution relève d’un choix politique dangereux de diminution du financement de la recherche sur projet. Un bon équilibre entre un soutien de base attribué aux Unités de Recherche et un financement sur projet permettant l'autonomie et le soutien des meilleures équipes engagées dans une compétition internationale de plus en plus forte, pourrait constituer une des forces du système de recherche français.

Pour justifier cette réduction des budgets de l’ANR, le principal argument avancé par le Ministère (et répercuté à l’ANR) doit nous forcer à réagir. En effet, il nous est répété que cette situation est le résultat du “message dominant des assisses”. Il est clair que la voix de nombre d’entre nous ne s’est pas faite entendre. Nous en sommes sans doute responsables, même si le processus des Assises de la recherche n’était pas favorable à prendre en compte les requêtes de la majorité silencieuse des chercheurs. Les réunions des Assises donnaient plus souvent la parole aux professionnels de l’administration scientifique et aux syndicats qu’aux chercheurs proches de la paillasse et aux responsables d'équipe. Il est difficile de croire que les défenseurs d’un système comprenant une part notable de financement sur projets “blancs” soient minoritaires. Ce n’est certainement pas ce qui ressort des discussions. Mais la voix des soutiens à l'ANR est rarement entendue, en particulier car cela reste mal vu de soutenir la sélection sur projets. Rappelons que la recherche en France n’est financée qu’à hauteur d’environ 20% sur projets compétitifs (pour 60% aux Etats-Unis, et entre 35 % et 45 % en Allemagne, Grande Bretagne, Danemark ou Suède). Le risque de tomber dans des excès dénoncés par certains est très éloigné.

L’ANR a constitué une véritable bouffée d’oxygène pour les équipes de recherche depuis son instauration en 2005. Le principe même de l’ANR ne sera peut-être pas remis en cause de manière frontale. Cependant, avec des niveaux de financement inférieur à 15%, la limite de fonctionnement des comités de sélection est atteinte, puisque le nombre de projets reconnus excellents par nos experts extérieurs et des comités est plus du double du nombre de projets pouvant être financés. Aucun processus de sélection ne peut fonctionner sereinement dans ces conditions. D’autre part, ce faible taux de succès concourt paradoxalement à renforcer l’élitisme et les éventuelles dérives dénoncés par les pourfendeurs de l’ANR et de la recherche sur projet évaluée de manière compétitive.

Nous avons bien conscience des difficultés actuelles de notre pays, dont la recherche ne peut être totalement protégée. Néanmoins, il faudrait que le Ministère de la Recherche entende une autre voix, et qu’il prenne toutes les mesures nécessaires pour conserver un fort soutien aux appels à projets blancs et Jeunes chercheurs (JCJC), qui sont vitaux pour l’émergence de nouvelles idées et pour la compétitivité delarecherche française.

En résumé, il nous semble urgent d’agir et de faire entendre un autre “message” que le “message dominant des Assises”.

Christophe Mulle (mulle @ u-bordeaux2.fr)
Dernière mise à jour le 19.06.2013

Focus


Christophe Mulle, président de comité de selection ANR, directeur de recherche CNRS, responsable de l'équipe - Physiologie des synapses glutamatergiques à l'Institut Interdisciplinaire de Neurosciences de Bordeaux.

Texte des présidents de comités ANR

Madame la Directrice Générale de l'ANR, le 31 mai 2013

Nous avons été extrêmement surpris d'apprendre, pour nombre d'entre nous, en séance de nos comités d'évaluation ce mois-ci, que la proportion de projets Blancs et JCJC dont le financement sera assuré cette année n'est que de 10%, contrairement aux indications données au début de la campagne ANR 2013. Cette annonce brutale et tardive.... lire suite lien

Agence Nationale de la Recherche


Les inflexions 2013 dans la programmation
Plusieurs mesures importantes sont intégrées dans les appels à projets afin notamment de contenir le volume de propositions soumises chaque année et d'arrêter l'érosion des taux de succès aux appels à projets : lire la suite...